Netanyahu annonce l’effondrement de l’Iran… à sept semaines des législatives

Photo : Russia Presidential Press and Information Office

Benyamin Netanyahu a choisi le décor. Mercredi, sur le versant syrien du mont Hermon, devant des soldats israéliens déployés dans une « zone de sécurité » (que Damas dénonce comme une violation de souveraineté), le Premier ministre a déclaré que la République islamique d’Iran était « sur le point de s’effondrer ». « Il reste encore du travail à accomplir, la tâche principale est de faire tomber le régime terroriste en Iran. Nous en sommes très proches. »

La phrase sonne comme une proclamation de victoire. Elle ressemble surtout à un vœu pieu, formulé à quarante-sept jours des législatives israéliennes du 27 octobre.

Une guerre que Washington a déjà reprise en main

Le calendrier dément l’emphase. Fin février, Israël et les États-Unis ont ouvert les hostilités contre l’Iran. En avril, Donald Trump a imposé un cessez-le-feu. En juin, Washington a signé avec Téhéran un mémorandum dont Israël n’était pas partie : réouverture d’Ormuz, discussions sur le nucléaire reportées, pression pour calmer le front libanais. Netanyahu s’est distancé, a refusé de lier Tsahal aux termes américains, et a multiplié les mises en garde. Trump, de son côté, a rappelé qui « donne les ordres ».

Depuis, l’accord s’est effrité, les frappes ont repris, le pétrole a repassé les 100 dollars. L’Iran n’a pas capitulé : les Gardiens de la Révolution listent leurs conditions — retrait israélien du Liban, déblocage de 24 milliards de dollars, non-ingérence dans le nucléaire et les missiles. Un régime « au bord de l’effondrement » qui dicte encore ses exigences n’est pas un régime à terre.

Netanyahu le sait. Dimanche déjà, au cabinet, avant Roch Hachana, il martelait que « la fin du régime est proche », que Téhéran « se bat pour sa survie » et « vacille ». Mercredi, même refrain, autre décor. Répéter « très proches » n’accélère pas l’Histoire. Sans feu vert américain pour une campagne destinée à casser le pouvoir à Téhéran — et non seulement ses sites —, Israël n’a pas les moyens politiques de « faire tomber » la République islamique. Katz peut menacer d’une « troisième frappe ». Ce n’est pas un plan de changement de régime.

Le mont Hermon comme estrade électorale

La visite n’est pas anodine. C’est seulement la deuxième de Netanyahu en Syrie (la précédente date de novembre 2025). Depuis la chute d’Assad et l’arrivée d’Ahmed al-Charaa à Damas, Tsahal multiplie frappes et incursions dans le sud syrien et occupe la zone tampon de l’ONU sur le Golan. Message aux électeurs : nous tenons la frontière, aucune « armée terroriste » ne s’y installera. Message à Damas : la souveraineté syrienne s’arrête où commence notre sécurité. Le ministère syrien des Affaires étrangères a dénoncé une « violation flagrante ». C’était prévisible. C’était aussi le but.

À sept semaines du scrutin, Netanyahu a besoin d’une guerre qui n’est pas finie et d’une victoire qui n’est pas acquise. Les sondages, selon les instituts, le placent soit encore en tête de bloc à droite (Channel 14), soit autour de 47 sièges pour sa coalition, avec une opposition menée par Gadi Eisenkot (Yashar) en mesure, selon certains instituts, de viser les 61 sièges. Eisenkot, ancien chef d’état-major, père d’un soldat tué à Gaza, progresse précisément sur le registre que Netanyahu croyait monopoliser : la sécurité sans le barnum. Head-to-head, plusieurs enquêtes le donnent devant Bibi.

Dans ce climat, annoncer que l’Iran « va tomber » sert trois publics à la fois : la base du Likoud, qui veut entendre que le 7-Octobre et six mois de guerre n’ont pas été vains ; les alliés de la droite religieuse, qui exigent qu’on aille « jusqu’au bout » ; et l’électeur indécis, à qui l’on dit que seul Netanyahu osera achever le travail qu’un général « sans éclat » abandonnerait au nom d’un deal trumpien.

Le régime iranien tient. L’urne, elle, approche

Rien n’interdit de croire que la République islamique est plus fragile qu’il y a un an : frappes sur le nucléaire et les missiles, proxy affaiblis, économie sous pression. Rien n’autorise non plus à transformer cette fragilité en certitude de chute. Les régimes théocratiques ne s’effondrent pas parce qu’un Premier ministre le déclare depuis une montagne occupée. Ils s’effondrent — ou pas — selon des dynamiques internes, des élites, une rue, et le calcul d’une puissance américaine qui a déjà montré qu’elle préférait un cessez-le-feu négocié à une victoire israélienne totale.

Netanyahu n’a pas le levier pour « faire tomber » Téhéran d’ici le 27 octobre. Il a en revanche le micro, les soldats en fond de décor et une élection à ne pas perdre. « Nous en sommes très proches » n’est pas un diagnostic. C’est une promesse de campagne : votez pour moi, le régime tombe ; votez contre moi, la victoire s’arrête. Que l’Iran tienne encore debout le soir du scrutin n’empêchera pas le slogan d’avoir fait son office. Un vœu pieu, en politique, n’a pas besoin de se réaliser. Il lui suffit d’être cru assez longtemps.

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