Mossad en crise : le plan israélien de soulèvement kurde en Iran a été stoppé net par Trump et Erdogan

Photo : Russia Presidential Press and Information Office

Le Mossad traverse une zone de turbulences inédite. Le 6 août 2026, la chaîne israélienne N12 (Channel 12) a révélé que le directeur du service de renseignement extérieur, Roman Gofman, a décidé de retirer de leurs fonctions deux de ses plus hauts responsables : le directeur du renseignement (en poste depuis décembre) et le chef de la division Iran. Les deux hommes, non nommés en raison de la censure militaire, sont présentés comme les principaux architectes d’un plan opérationnel ambitieux visant à provoquer la chute du régime iranien. Selon les sources sécuritaires citées, leur départ s’effectue « d’un commun accord » dans le cadre d’une réorganisation plus large, et ils restent au Mossad à d’autres postes.

Roman Gofman, entré en fonction le 2 juin 2026, n’est pas un professionnel du renseignement. Ancien officier de chars, commandant de division, il a été secrétaire militaire de Benyamin Netanyahou avant d’être nommé à la tête du Mossad. Sa proximité avec le Premier ministre et son absence d’expérience opérationnelle dans le domaine du renseignement ont immédiatement suscité des critiques internes. Dès les premiers jours de son mandat, il avait déjà écarté le directeur adjoint. La décision concernant les deux responsables de l’Iran s’inscrit dans cette séquence.

Le plan lui-même, élaboré sous la direction précédente de David Barnea et validé par Netanyahou, reposait sur une idée centrale : utiliser la minorité kurde iranienne comme levier de déstabilisation. Des frappes israéliennes (et potentiellement américaines) contre des positions des Gardiens de la révolution le long de la frontière irako-iranienne, dans le Kurdistan iranien, devaient ouvrir un corridor. Environ 15 000 combattants kurdes, entraînés et armés avec l’appui du Mossad (et, selon certaines sources, de la CIA), devaient s’infiltrer, libérer plusieurs villes du nord-ouest et faire grossir leurs rangs jusqu’à 150 000, voire 200 000 hommes, en direction de Téhéran. L’objectif était de déclencher un soulèvement populaire plus large, en s’appuyant aussi sur d’autres minorités et sur des opérations d’influence. Des reports indiquent également que le Mossad avait cultivé des contacts avec l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, envisagé comme figure de transition possible.

Netanyahou a présenté ce scénario à l’administration américaine dans l’espoir d’obtenir le feu vert de Donald Trump, notamment au moment des affrontements de février 2026. Le plan n’a jamais reçu de commencement d’exécution. Plusieurs facteurs se sont conjugués : des fuites prématurées dans la presse, le veto ferme de Recep Tayyip Erdogan (qui refuse toute dynamique kurde susceptible d’encourager les Kurdes de Turquie), et les doutes exprimés par la CIA et le Département d’État, qui ont qualifié le projet d’« irréaliste » voire de « farce ». Trump a finalement refusé de s’engager dans cette aventure. Israël s’est alors limité à des frappes ciblées sur des quartiers généraux des Gardiens de la révolution et du Bassij.

Des analystes israéliens estiment que le Mossad a surestimé l’effet déstabilisateur des frappes aériennes et sous-estimé la capacité de résilience de l’appareil d’État iranien. Une partie de la critique interne, relayée notamment par Ben Caspit dans Maariv, porte cependant moins sur le diagnostic que sur la gestion de l’échec : « C’est celui qui est à la tête de la pyramide qui doit assumer à 100 % la responsabilité d’un échec, et non pas rejeter la responsabilité sur des subordonnés. » Des sources du Mossad soulignent que Gofman, en tant que secrétaire militaire de Netanyahou, avait lui-même soutenu le plan avant de le juger ensuite suffisamment défaillant pour sanctionner ses concepteurs.

Ce limogeage intervient dans un contexte politique tendu. À moins de trois mois des élections législatives prévues fin octobre, Netanyahou a également placé un autre proche, David Zini, à la tête du Shin Beth. L’ensemble nourrit les accusations de consolidation d’une garde rapprochée loyale. Le culte du secret du Mossad, traditionnellement très strict, se trouve ainsi ébranlé par une succession de révélations qui mettent en lumière non seulement un échec opérationnel, mais aussi les tensions internes et les calculs politiques qui l’accompagnent.

Les faits, tels que rapportés par les médias israéliens (N12, Times of Israel, Jerusalem Post) et repris par la presse internationale, montrent un plan ambitieux, jamais mis en œuvre, un directeur nouveau aux prises avec une organisation qu’il restructure rapidement, et un Premier ministre qui, selon ses critiques, cherche à diluer la responsabilité d’un pari stratégique qui n’a pas abouti.

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