La dernière vague de l’enquête Ifop pour Le Figaro et LCI, réalisée les 7 et 8 juillet 2026 au lendemain de l’annonce de candidature de Marine Le Pen, confirme une évolution majeure : la candidate du Rassemblement national est désormais majoritaire chez les Français de plus de 65 ans dans tous les duels de second tour testés.
Face à Édouard Philippe, elle recueillerait 55 % des voix dans cette tranche d’âge. Face à Gabriel Attal, le score monte à 56 %. Contre Jean-Luc Mélenchon, il atteint 82 %. Ces chiffres n’ont aucun précédent dans l’histoire électorale récente du parti à la flamme.
Une progression continue depuis 2017
Les enquêtes d’Ipsos permettent de mesurer le chemin parcouru. Au second tour de 2017, Marine Le Pen n’obtenait que 30 % chez les 60-69 ans et 22 % chez les 70 ans et plus. En 2022, ces scores étaient montés respectivement à 41 % et 29 %. Quatre ans plus tard, le basculement est achevé : une majorité claire se dégage désormais en sa faveur.
Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop, parle d’un « renversement inédit du regard de l’électorat âgé ». Luc Rouban, chercheur CNRS au Cevipof et auteur de Les ressorts cachés du vote RN, estime quant à lui que « l’on sort du cadre habituel ». Stéphane Fournier, de l’institut Cluster 17, préfère parler d’un « alignement avec le reste de la population » plutôt que d’un « survote », tout en reconnaissant que le phénomène s’est accéléré depuis 2022.
Les freins levés un à un
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution.
Le premier est programmatique. Pendant des années, le projet de sortie de l’euro, le retour à l’ISF et la promesse de retraite à 60 ans constituaient des barrières majeures pour les retraités, très attachés à la stabilité monétaire et à la préservation de leur pouvoir d’achat. Marine Le Pen a progressivement abandonné ces propositions. Le discours s’est recentré sur l’identité, la sécurité et la protection des services publics, thèmes sur lesquels existe un large consensus chez les plus de 65 ans.
Le deuxième facteur est politique. Les Républicains n’apparaissent plus comme une alternative crédible. Leurs divisions internes et leur flou idéologique ont poussé une partie de leur électorat traditionnel vers le RN, selon la logique du « vote utile » : « S’il y a des ressemblances, autant voter pour quelqu’un qui peut gagner. »
Le troisième élément est lié à la droitisation de l’opinion sur les questions d’immigration et d’ordre public. Les émeutes de 2023 après la mort de Nahel, celles qui ont suivi les victoires du PSG, et la place centrale de l’insécurité lors des municipales ont modifié la perception du risque. L’idée que « le RN au pouvoir, c’est le saut dans l’inconnu » a perdu de sa force. Comme le rappelle Frédéric Dabi, « l’opinion sait que la violence est déjà là ».
Enfin, l’apparition de Reconquête a contribué à recentrer le RN dans l’espace politique, le faisant apparaître comme moins radical aux yeux d’une partie des seniors. Stéphane Fournier distingue d’ailleurs les « anciens boomers », politisés à l’époque de Jean-Marie Le Pen, des « nouveaux », pour qui le stigmate vichyste et antisémite a largement perdu de sa pertinence. Chez ces derniers, l’alignement sur le vote RN est plus marqué.
Un électorat décisif
Les retraités restent les électeurs les plus mobilisés. Depuis 1995, seul François Hollande a remporté l’élection présidentielle sans être majoritaire dans cette catégorie. À neuf mois du scrutin de 2027, leur basculement constitue donc un élément structurel du rapport de force.
Le sondage Ifop montre également que le socle macroniste a vieilli entre 2017 et 2022, mais qu’il s’érode désormais. Édouard Philippe et Gabriel Attal ne recueilleraient respectivement que 26 % et 19 % des intentions de vote au premier tour chez les plus de 65 ans, loin derrière les 35 % de Marine Le Pen.
Cette évolution ne signifie pas que le vote des retraités est homogène. Elle indique cependant que le principal frein historique du RN dans cette tranche d’âge – le rejet moral et économique – a largement disparu. La candidate nationaliste n’est plus perçue comme une menace pour la stabilité, mais comme une option crédible face à un bloc central affaibli et à une gauche radicale rejetée.
Les prochains mois diront si cette dynamique se confirme ou si elle se stabilise. Pour l’heure, les chiffres sont clairs : chez les Français de plus de 65 ans, Marine Le Pen est devenue majoritaire.
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