Les sénateurs ont adopté ce mardi 26 mai la prolongation jusqu’au 31 décembre 2030 de la vidéosurveillance algorithmique (VSA).
Initialement expérimentée dans le cadre de la sécurisation des Jeux olympiques de Paris 2024, cette technologie utilise l’intelligence artificielle pour analyser en temps réel les images des caméras de surveillance. Contrairement à la reconnaissance faciale, elle ne vise pas à identifier les individus, mais à détecter des situations à risque telles que des bousculades, des intrusions, des départs de feu, des objets abandonnés ou la présence d’armes.
Un champ d’application élargi
Le nouveau texte, porté dans le cadre de la loi Ripost, élargit le périmètre d’utilisation de la VSA. Au-delà des abords des grands événements sportifs ou culturels et des transports publics, les algorithmes pourront désormais analyser les images à l’intérieur de bâtiments et de lieux ouverts au public considérés comme « particulièrement exposés » aux risques terroristes ou aux atteintes graves à la sécurité.
Le co-rapporteur du texte, le sénateur MoDem Isabelle Florennes, a défendu cette mesure en soulignant son aspect pratique : « Ça fait gagner du temps. L’algorithme peut repérer beaucoup plus vite la présence ou l’utilisation d’armes ou des objets abandonnés. »
Débats et critiques
Ce vote a relancé les débats sur l’équilibre entre sécurité et libertés individuelles. Les sénateurs du centre et de droite ont majoritairement soutenu le texte, estimant qu’il répond aux demandes des forces de l’ordre. À gauche, notamment chez les écologistes, plusieurs élus ont dénoncé « un pas supplémentaire vers la surveillance généralisée ».
Bastien Le Querrec, de l’association La Quadrature du Net, a critiqué l’argument selon lequel les opérateurs humains seraient dépassés, estimant que la sécurité passe davantage par des moyens humains et un aménagement urbain adapté que par la technologie.
Un comité d’évaluation avait dressé en janvier 2025 un bilan en demi-teinte de l’expérimentation lors des JO, pointant notamment un taux élevé de fausses alertes (jusqu’à 62 % pour la détection d’objets abandonnés dans les gares).
Malgré ces réserves, le Sénat a choisi de poursuivre et d’élargir l’expérimentation. Le texte doit encore être examiné par l’Assemblée nationale, dont l’agenda chargé ne permet pas pour l’instant de fixer un calendrier précis.
Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large en Europe, où plusieurs pays développent des outils de surveillance algorithmique, avec des approches variables selon les législations nationales et le règlement européen sur l’IA (AI Act).


