Au congrès de Reform UK à Birmingham, Jordan Bardella n’est pas venu faire de la figuration. Devant Nigel Farage et les militants du parti qui a porté le Brexit, le président du Rassemblement national a prononcé un discours de vingt minutes en anglais – rare pour lui – et a signé, sur la même scène, un protocole d’accord que l’on peut sans exagération qualifier d’historique. Le message est limpide : si les Français donnent le pouvoir à Marine Le Pen au printemps 2027, la France cessera d’être le sas d’embarquement de l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni.
« Le plus grand défi est celui que nous connaissons tous : reprendre le contrôle de l’immigration. Ces dernières années, Emmanuel Macron a échoué à protéger notre pays. Pour lui, l’immigration massive n’est pas un problème, c’est un projet. » La phrase, reprise partout, n’est pas une formule de tribune. Elle résume dix ans de politique : régularisations de fait, déboutés du droit d’asile qui restent, aides sociales qui attirent, contrôles aux frontières qui s’effondrent, et une Manche transformée en autoroute des passeurs. Pendant que le président français rencontrait la veille à Londres le Premier ministre britannique Andy Burnham pour « intensifier » des mesures déjà largement inefficaces, Bardella proposait autre chose : la volonté politique.
Il a repris le slogan qui a fait basculer le Royaume-Uni en 2016 : Take back control. « La France doit reprendre le contrôle », a-t-il lancé. Les deux pays doivent « ensemble reprendre le contrôle de leurs frontières ». Les références à Napoléon et à Charles de Gaulle n’étaient pas décoratives. Elles rappelaient que la souveraineté n’est pas un slogan d’extrême droite, mais le fondement même de l’État-nation. Un peuple qui ne décide plus qui entre sur son sol n’est plus pleinement souverain.
Le protocole signé avec Farage traduit cette exigence en engagements concrets, applicables le jour où les deux formations gouverneraient. La France s’engage à tout mettre en œuvre pour empêcher les départs depuis son littoral. Le Royaume-Uni interceptera les embarcations entrées dans ses eaux territoriales et renverra leurs occupants vers la France. Paris les acceptera « ordinairement » et les reconduira vers leur pays d’origine, conformément au droit français de l’éloignement. Ceux qui parviendraient malgré tout à poser le pied en Angleterre seraient placés en rétention et expulsés vers leur pays, sans pouvoir invoquer l’asile après avoir traversé des pays sûrs.
Bardella a précisé un point essentiel, trop souvent ignoré par les commentateurs : si la France reprend vraiment le contrôle de ses frontières, il n’y aura plus de départs depuis Calais. Les « pushbacks » britanniques ne seraient alors que le signe d’un échec français. Autrement dit, l’objectif n’est pas de transformer la France en parking à migrants renvoyés d’outre-Manche. L’objectif est de casser le modèle économique des filières, de supprimer les aimants (travail au noir, aides, régularisations) et de rendre le territoire français l’un des moins attractifs d’Europe pour l’immigration illégale.
Le document va plus loin qu’un simple arrangement technique sur la Manche. Les deux partis s’engagent à une politique nationale restrictive : lutte sans précédent contre le travail illégal, interdiction de tout statut légal pour les clandestins, restriction de l’accès aux prestations sociales. Ils affirment aussi que les conventions internationales, y compris la Convention européenne des droits de l’homme, ne doivent pas empêcher les nations souveraines de défendre leurs frontières. C’est le cœur du débat que Macron et une partie de la classe politique française refusent d’ouvrir.
Farage a parlé d’une « nouvelle Entente cordiale ». L’expression n’est pas usurpée. Après des années de défiance et de procès d’intention, deux formations patriotiques de part et d’autre de la Manche reconnaissent qu’elles ont le même adversaire : le laisser-faire migratoire, les filières, et les gouvernements qui ont fait de l’impuissance une doctrine. Bardella a salué chez Farage une qualité devenue rare : le retour du bon sens. « Quand le bon sens revient en politique, l’establishment commence à trembler. »
On objectera que le texte n’est qu’un protocole d’accord entre partis, juridiquement non contraignant tant que les deux camps n’auront pas gagné. C’est vrai. Mais c’est précisément ce qui en fait la force politique. Il fixe une ligne claire avant même l’exercice du pouvoir. Il dit aux Français — et aux Britanniques — ce qui sera fait le lendemain d’une victoire. Macron, lui, multiplie les sommets et les communiqués. Les bateaux, eux, continuent de partir.
Interrogé sur les accusations visant l’entourage de Farage, Bardella a refusé de jouer le jeu de l’écran de fumée médiatique. Il attend les faits, se méfie des campagnes de déstabilisation qui frappent régulièrement les partis « patriotes » dans toutes les démocraties, et confirme que cette affaire ne remet pas en cause la coopération en cours. La priorité reste le fond : qui protège réellement le territoire ?
En quelques heures à Birmingham, Jordan Bardella a fait trois choses que le pouvoir en place n’a pas faites depuis 2017. Il a nommé l’échec. Il a proposé une méthode. Il a trouvé un partenaire déterminé de l’autre côté de la Manche. Si les Français veulent que la France cesse d’être la porte d’entrée de l’Europe du Nord pour les filières, le chemin est désormais écrit. Il reste à le voter.
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