« L’Europe n’a pas beaucoup d’atouts » : le patron de Mistral AI dresse un constat sévère

Lors de son audition devant la commission d’enquête parlementaire sur les « dépendances structurelles et vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique », Arthur Mensch, cofondateur et PDG de Mistral AI, a dressé un constat sévère sur la situation de l’Europe et de la France dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Créée en 2023 avec Timothée Lacroix et Guillaume Lample, Mistral AI emploie aujourd’hui près de 1000 personnes et compte parmi ses clients France Travail, la Caisse des dépôts, CMA CGM, Stellantis ou encore TotalEnergies. L’entreprise a été fondée avec l’ambition de contrer l’oligopole américain dans l’IA générative.

Un diagnostic sans concession sur l’Europe

Interrogé sur les atouts de l’Europe, Arthur Mensch a d’abord salué la « base de talents » française, avant de souligner les handicaps structurels du continent :

  • Une réglementation « plus lourde » et un marché fragmenté entre les 27 États membres ;
  • Des procédures administratives complexes (ouverture d’entité juridique et compte bancaire dans chaque pays) ;
  • Un empilement de textes (RGPD, AI Act, droit d’auteur…) qui alourdit considérablement les coûts et freine l’innovation ;
  • Une demande en IA encore trop faible, notamment de la part des entreprises et des administrations européennes, contrairement aux États-Unis.

« L’Europe n’a pas beaucoup d’autres atouts », a-t-il résumé. Il a insisté sur le fait que Mistral ne peut se développer que si un véritable marché existe, or celui-ci « se matérialise un peu trop lentement ».

Énergie, investissements et souveraineté

Le patron de Mistral a mis en avant le surplus énergétique français (environ 9 GW en moyenne) qui pourrait être utilisé pour former des modèles d’IA et produire des « tokens ». Cependant, il a alerté sur le risque que ce surplus soit capté par des acteurs plus agressifs, principalement américains.

Il a plaidé pour une souveraineté européenne concrète, passant par des investissements massifs (plusieurs centaines de milliards, voire des trillions d’euros) dans les infrastructures énergétiques et numériques. « Il faut arrêter de penser à la souveraineté comme un isolationnisme. Il faut la penser comme un sujet de levier », a-t-il déclaré, soulignant que dépendre entièrement des services numériques américains prive l’Europe de tout moyen de pression.

Risques sociaux et géopolitiques

Arthur Mensch a reconnu que les gains de productivité liés à l’IA (jusqu’à un facteur 5 dans certains services clients) entraîneront probablement des destructions d’emplois et une transformation rapide de la structure du marché du travail en Europe. Il a également évoqué des risques d’inflation liés à la concurrence pour l’électricité et un creusement du déficit commercial.

Sur le plan militaire, il a défendu l’utilisation de l’IA dans la dissuasion et la cyberdéfense, estimant indispensable de disposer de capacités souveraines face aux avancées russes ou américaines.

Enfin, il a critiqué le narratif américain présentant l’Europe comme une région « de ronds-de-cuir » qui réglemente au lieu d’innover, un discours qu’il juge « colonialiste » et qui risque d’être intériorisé par les Européens eux-mêmes.

Ses propos interviennent alors que la France et l’Europe tentent de rattraper leur retard face aux géants américains (OpenAI, Anthropic, Google…) et chinois dans la course à l’intelligence artificielle.

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