Les politicards se pavanent à Cannes pendant que la France coule

Image : Le JDF

On croyait avoir tout vu. On avait tort. Pendant que des millions de Français arbitrent entre l’essence et les courses, que les faillites d’entreprises explosent, que la violence gangrène les quartiers et que l’hôpital public est au bord de la rupture, nos chers élus ont trouvé le temps, l’argent et surtout l’aplomb de monter les marches du Festival de Cannes comme des stars de ciné.

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Éducation nationale (celle qui a laissé un système scolaire en ruine), aujourd’hui conseillère maître à la Cour des comptes (un poste en or pour qui aime les jolis traitements), a foulé le tapis rouge avec l’attitude d’une habituée. Sur les réseaux, les Français n’ont pas manqué de lui rappeler que pendant qu’elle pose en robe de soirée, beaucoup de familles ne savent plus comment boucler les fins de mois. Ironie suprême pour celle qui défend aujourd’hui des quotas de logements sociaux partout… sauf, visiblement, dans son agenda cannois.

Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, n’a pas fait moins bien : deux apparitions en quelques jours, discours en anglais sur la « liberté de création » et la « vitalité démocratique ». On imagine les Français des zones rurales ou des banlieues difficiles, ceux qui subissent chaque jour l’insécurité et la précarité, applaudir cette leçon de morale venue de la Croisette. « Ministre hors-sol ! », a justement lancé Nicolas Dupont-Aignan. Le terme est faible. On parle ici d’une véritable déconnexion stratosphérique.

Même Jean-François Copé, l’éternel revenant, est venu poser en smoking avec son épouse Nadia. L’ancien patron de l’UMP, celui qui connaît par cœur les ors de la République, n’a pas résisté au plaisir de se faire photographier parmi les stars. Gilbert Collard a résumé l’affaire en une phrase : « Copé à Cannes, on aura tout vu des m’as-tu-vu du système. »

Le festival de l’indécence

Le plus insupportable n’est pas qu’ils y aillent. C’est le moment choisi. La France traverse une crise profonde : pouvoir d’achat en berne, dette publique abyssale, services publics exsangues, insécurité galopante. Et pendant ce temps, nos ministres, anciens ministres et conseillers divers paradent au milieu du strass, des robes à plusieurs milliers d’euros et des soirées privées. Le décalage est obscène.

Ils viennent nous parler de « diversité culturelle », de « liberté de création », de « vitalité démocratique » entre deux coupes de champagne, alors que des pans entiers du pays se sentent abandonnés. Ils défendent le CNC et le modèle français du cinéma avec passion, mais oublient que ce modèle est financé par des contribuables qui, eux, ne foulent jamais le tapis rouge.

Cette présence systématique des politiques à Cannes n’est pas anodine. Elle révèle une caste qui vit dans une bulle, déconnectée des réalités qu’elle est censée gérer. Une caste pour qui le Festival n’est pas seulement un événement culturel, mais un lieu de pouvoir, de réseaux et de visibilité. Un grand barnum où l’on se montre, où l’on se congratule, où l’on se fait photographier.

Pendant ce temps, à des centaines de kilomètres de la Croisette, des Français se demandent comment payer leur loyer, leur plein d’essence ou l’inscription de leurs enfants au sport. Mais cela, visiblement, est moins glamour.

Le Festival de Cannes restera cette année encore le symbole parfait d’une France à deux vitesses : celle qui brille sous les projecteurs et celle qui peine dans l’ombre. Et nos politicards, fidèles à eux-mêmes, ont choisi leur camp. Le plus confortable, évidemment.

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