Le journal de 20 heures de France 2, présenté par Léa Salamé, a provoqué une vague d’étonnement et de moqueries sur les réseaux sociaux mardi soir. Dans un sujet sur les normes et règlements en France, une interview du constitutionnaliste Benjamin Morel, réalisée dans un square d’Issy-les-Moulineaux, montrait en arrière-plan une statue classique… floutée.
L’œuvre en question, intitulée Amour, a été sculptée en 1894 par Louis Cosme Demaille. Elle représente un couple légèrement enlacé, entièrement nu. Une représentation artistique classique, exposée en plein air dans l’espace public, qui n’avait jusqu’ici jamais posé problème.
Une « initiative individuelle » selon la chaîne
Face au tollé, la rédaction du 20 Heures a rapidement réagi sur X : « Hier soir, dans un sujet sur le nombre de lois en France, nous avons diffusé par erreur une interview avec un floutage en arrière-plan. Cette initiative individuelle n’avait pas lieu d’être. Nous présentons nos excuses à nos téléspectateurs. » Individuelle… de qui ? Peut-on connaître l’individu ?
L’aveu est pour le moins surprenant. Flouter une statue d’art classique, visible dans un jardin public, relève d’une forme inédite d’autocensure dans un pays occidental. Sur les réseaux, les internautes n’ont pas manqué de souligner le paradoxe : France Télévisions, qui diffuse régulièrement des contenus bien plus explicites, choisit soudain de protéger le regard du public devant une œuvre du XIXe siècle.
Certains ont ironisé sur une possible volonté de ne pas « choquer » certaines sensibilités religieuses, dans un contexte où la nudité artistique est parfois contestée. D’autres ont rappelé des précédents, comme le voilement de certaines statues lors de visites officielles de dirigeants étrangers.
Un épisode révélateur ?
Cette séquence intervient alors que le service public est régulièrement accusé de biais culturels et de suradaptation à certaines normes sociétales. Le floutage, présenté comme une « erreur individuelle », pose la question de la culture interne de la rédaction : jusqu’où va le zèle éditorial lorsqu’il s’agit d’éviter toute controverse potentielle ?
Contactée, la direction de France Télévisions n’a pas souhaité apporter de précisions supplémentaires au-delà du communiqué d’excuses. L’affaire illustre une tendance plus large : celle d’une télévision publique qui, face à la fragmentation de la société, semble parfois préférer l’effacement préventif à la présentation brute de la réalité culturelle et artistique française.
La statue Amour a retrouvé son droit à l’image. Reste à savoir si cet épisode restera une anecdote ou s’il révèle un malaise plus profond sur la représentation du corps et de l’art à la télévision publique. Un avant-goût de la charia, donc.


