Une fois de plus, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a choisi de dresser la France en accusée. Dans un entretien accordé au média algérien TSA, il exprime sa « vive inquiétude » face à l’émergence progressive, selon lui, d’un « régime d’exception » visant les musulmans. « Le danger est réel », affirme-t-il, tout en dénonçant une multiplication des polémiques qui nourrirait chez les musulmans un « sentiment de saturation et d’injustice ».
On croit rêver. Alors que la France fait face depuis des années à une montée préoccupante de l’islamisme radical, du séparatisme et des attentats, c’est la République elle-même qui se voit reprocher de vouloir se défendre. Le recteur reconnaît du bout des lèvres « la nécessité de lutter contre l’extrémisme », mais insiste immédiatement pour que cette lutte se fasse « sans stigmatisation collective ». Traduction : toute mesure ferme est suspecte de discrimination.
Cette rhétorique n’est pas nouvelle chez Chems-Eddine Hafiz. On se souvient encore de sa récente sortie contre le Canon français, accusé d’ « exclure » une partie de la population en servant du « cochon à la broche » lors de banquets. Une polémique grotesque qui en disait long sur sa conception de la laïcité : la France devrait s’adapter aux exigences religieuses de certains plutôt que l’inverse.
Aujourd’hui, il s’alarme d’un prétendu « régime d’exception ». Pourtant, ce sont les mêmes qui, pendant des décennies, ont réclamé des accommodements raisonnables, des menus halal dans les cantines, des salles de prière dans les entreprises, des horaires réservés dans les piscines, puis qui s’offusquent lorsque la République pose enfin des limites. Le séparatisme islamiste n’est pas une vue de l’esprit : il est documenté par de multiples rapports officiels. Face à lui, l’État n’a pas d’autre choix que de durcir le ton – loi contre l’entrisme islamiste, renforcement de la lutte contre le séparatisme, contrôle accru des financements étrangers des mosquées.
Au lieu d’apaiser, Chems-Eddine Hafiz choisit systématiquement la posture victimaire et la mise en accusation. Il parle de « manipulation » par l’extrême droite lorsqu’on relève ses propres provocations. Mais la réalité est plus simple : c’est son discours qui alimente le ressentiment et la défiance réciproque. En présentant les musulmans de France comme une communauté constamment suspectée et opprimée, il renforce précisément le communautarisme qu’il prétend combattre.
Les provocations répétées du recteur de la Grande Mosquée de Paris deviennent insupportables. Elles fragilisent le pacte républicain et nourrissent le sentiment, chez une majorité de Français, que certaines autorités religieuses refusent l’intégration pleine et entière. La France n’a pas à s’excuser d’exister en tant que nation laïque et souveraine. Il serait temps que Chems-Eddine Hafiz choisisse clairement son camp : celui de la République ou celui du communautarisme.


