On savait que la gauche « sociale-démocrate » moderne avait un petit problème d’image avec le peuple. Mais là, c’est du grand art. Une note confidentielle fuitée (forcément, tout finit par fuiter) révèle la stratégie électorale de Raphaël Glucksmann pour 2027 : on va séduire les urbains cultivés, les CSP+, les pro-Européens… et gentiment éviter les CSP-, ceux qui gagnent moins de 1500 euros, les banlieusards, les jeunes et les familles monoparentales.
Traduction : on fait de la gauche, mais sans les pauvres. C’est plus confortable.
Le marketing politique version champagne
L’étude, signée par un think-tank bien sous tous rapports, découpe l’électorat comme un plateau de fromages affinés. On y trouve trois profils chéris :
- Nathalie de Nantes : prof des écoles, patriote de gauche cultivée, fan de Léa Salamé (tiens, la compagne de Raphaël, quelle coïncidence !). Elle lit Le Monde, écoute France Inter et vote Glucksmann depuis les européennes. Parfait.
- Romain de Romainville : ingénieur chez EDF, écolo modéré, qui trouve juste que Raphaël n’est « pas assez ancré dans les réalités matérielles ». On va arranger ça avec un discours sur l’écologie « concrète » (comprendre : pas trop coûteuse pour les classes moyennes supérieures).
- Gérard de Guérande : retraité macroniste repentant, qui hésite entre Attal, Philippe et Glucksmann. Pro-EU, anti-LFI, idéal pour glaner des voix au centre.
Et les autres ? Les ouvriers, les smicards, les jeunes des quartiers, ceux des banlieues ? À éviter pour le moment. Trop compliqués, trop en colère, trop… populaires. On ne va pas risquer de froisser le public cible avec des histoires de pouvoir d’achat et de précarité. Ce serait vulgaire.
La gauche qui n’aime pas le peuple
Les Insoumis, évidemment, se sont jetés sur la proie comme des vautours sur un caviar périmé. « Il abandonne les ouvriers, les plus pauvres, les jeunes ! » hurle Clémence Guetté. Pour une fois, on est presque d’accord avec eux. La gauche caviar assume enfin son grand classique : parler au nom du peuple… tout en le fuyant comme la peste.
Glucksmann et ses amis s’offusquent : « Ce n’est pas du tout ce qu’on veut faire ! » Bien sûr. C’est juste une note de 50 pages, avec profils fictifs, études de consommation, habitudes médiatiques et tout le marketing électoral habituel des gens qui détestent le marketing électoral (quand c’est les autres qui le font).
On imagine la réunion de campagne : « On va incarner la social-démocratie ! » « Parfait, on cible les profs bobos, les ingénieurs et les retraités aisés. » « Et les gars de l’usine ? » « On verra plus tard, ils sont difficiles à mobiliser. »
Le summum du chic progressiste
C’est tout de même magnifique. Au moment où une partie de la gauche réelle (celle qui galère) se sent abandonnée, le candidat « social » préfère chasser sur les terres macronistes et centristes. On comprend mieux pourquoi il est si bien placé dans les sondages : il fait du socialisme pour ceux qui n’ont plus vraiment besoin de socialisme.
La fuite est « très chiant », dixit son entourage. On imagine. Rien de tel qu’une petite note qui dit tout haut ce que tout le monde savait tout bas : la gauche caviar veut bien sauver le monde… à condition que ce soit avec des électeurs qui ont fait Sciences Po, qui lisent Le 1 et qui habitent dans des quartiers où l’on ne croise pas trop de Gilets jaunes.
Raphaël, courage. Assume. Assume que ta gauche est celle des beaux quartiers, des dîners en ville et des plateaux télé. Assume que tu préfères Nathalie de Nantes à Kevin de Clichy-sous-Bois. C’est plus honnête.
Et surtout, continue. C’est terriblement instructif.
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