On apprend avec une certaine solennité que le Palais de l’Élysée a été perquisitionné jeudi 21 mai dans le cadre d’une enquête du Parquet national financier (PNF) sur les conditions d’attribution des marchés publics liés aux cérémonies de panthéonisation.
Les faits sont les suivants : les enquêteurs s’intéressent particulièrement au choix récurrent de la société Shortcut Events, qui organise ces cérémonies depuis 22 ans pour le Centre des monuments nationaux (CMN). Selon Le Canard Enchaîné, chaque panthéonisation aurait été facturée à l’État autour de 2 millions d’euros. L’enquête, ouverte en octobre 2025, vise des soupçons de favoritisme, prise illégale d’intérêt, corruption et trafic d’influence.
Un léger incident protocolaire
Il faut tout de même noter un petit couac institutionnel : le 14 avril, les magistrats du PNF s’étaient vu opposer une fin de non-recevoir au nom de l’inviolabilité des locaux de la présidence (article 67 de la Constitution). L’Élysée avait alors refusé l’accès aux enquêteurs. Après quelques « échanges institutionnels », la perquisition a finalement pu se dérouler dans de bonnes conditions le 21 mai.
L’Élysée a tenu à préciser que la procédure ne visait pas directement le président de la République et que toutes les garanties avaient été prises pour respecter le secret de la défense nationale. On respire.
Il s’agit de la première perquisition à l’Élysée depuis l’affaire Benalla en 2018. Un retour aux sources, en quelque sorte.
Quand honorer les grands hommes devient une affaire juteuse
On rappellera que le Panthéon est censé accueillir les « grands hommes » (et désormais grandes femmes) à qui la patrie est reconnaissante. On y entre pour services éminents rendus à la Nation. Visiblement, organiser la cérémonie elle-même semble aussi constituer un service éminent… surtout quand il est facturé deux millions d’euros pièce.
L’enquête se penche donc sur la régularité du choix de Shortcut Events comme prestataire quasi-exclusif depuis plus de deux décennies. Une longévité remarquable dans le secteur des marchés publics, il faut bien l’admettre.
Pendant ce temps, l’Élysée, qui avait initialement brandi l’inviolabilité présidentielle comme un bouclier, a finalement ouvert ses portes. Preuve, sans doute, de sa profonde attachement à la transparence républicaine… une fois que les formes institutionnelles ont été respectées.
L’affaire reste en cours. On ignore encore si ces perquisitions permettront de faire toute la lumière sur ces marchés ou si elles rejoindront simplement la longue liste des enquêtes qui entourent régulièrement les palais nationaux.
En attendant, les futurs entrants au Panthéon peuvent dormir tranquilles : leur cérémonie sera sans doute très belle. Et très bien facturée.


