Édouard Philippe visé par une enquête pour détournement de fonds publics

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Ah, Édouard Philippe. L’homme au manteau bleu, l’intellectuel normand, le « sérieux » de la politique française, celui qui nous promettait de la « profondeur » et de la « responsabilité ». Le voilà désormais dans le collimateur du Parquet national financier pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion. C’est beau comme un retour de karma.

Tout commence par une lanceuse d’alerte, Judith (prénom modifié, on comprend pourquoi), qui en septembre 2023 dénonce des irrégularités autour de la Cité numérique du Havre. Une belle idée sur le papier : un tiers-lieu d’innovation. Sauf que selon elle, c’est surtout un joli terrain de jeu pour copinages et arrangements. L’association LH French Tech, présidée par l’adjointe d’Édouard Philippe, Stéphanie de Bazelaire, se voit confier une convention juteuse de 2,154 millions d’euros après un appel à manifestation d’intérêt où elle était… la seule candidate. Magique.

La lanceuse d’alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine, découvre une opacité totale, des salaires mirobolants pour des jeunes qui « font un peu tout », et une activité assez légère pour un tel budget. Son contrat n’est pas renouvelé. Harcèlement moral, dit-elle. Elle finit par obtenir le statut de lanceuse d’alerte en 2025 et porte plainte avec constitution de partie civile en juin. Le PNF ouvre une enquête, perquisitionne en avril 2024, et vient de saisir un juge d’instruction.

Édouard Philippe, interrogé via son entourage, « prend acte » et promet de répondre « sereinement ». On imagine la scène : lui, l’ancien Premier ministre, l’homme qui nous parlait d’« exemplarité », obligé de s’expliquer sur une convention signée en pleine pandémie, avec son adjointe en double casquette. C’est presque touchant.

Bien sûr, tout le monde est présumé innocent. Mais avouons que le timing est exquis : à un an de la présidentielle, alors que Philippe peaufine son image de candidat raisonnable, sérieux, au-dessus de la mêlée. Le destin a parfois un sens de l’humour très… macronien.

Pendant ce temps, au Havre, on découvre que la Cité numérique, censée incarner l’innovation havraise, a fini en liquidation judiciaire en 2023. Mais bon, l’important, c’est que les apparences étaient sauves. Jusqu’à cette lanceuse d’alerte un peu trop curieuse.

Édouard Philippe voulait incarner la droite « moderne », responsable, gestionnaire. On lui souhaite bon courage pour expliquer que tout cela n’est qu’un malentendu administratif. Parce que quand on parle de millions d’euros publics, de conventions signées entre le maire et son adjointe, et d’opacité assumée, le mot « sérieux » prend soudain une drôle de saveur.

La France qui regarde tout cela se dit peut-être que, décidément, la politique reste un sport où les mêmes figures reviennent toujours avec les mêmes problèmes. Et que le « nouveau monde » promis il y a quelques années ressemble furieusement à l’ancien, version havraise.

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