Philippe Etchebest, Mauro Colagreco, Thierry Marx… 50 grands chefs appellent à repenser l’agriculture française

Photo : Zoran Zeremski / iStock

Une cinquantaine de chefs étoilés au Guide Michelin, parmi les plus reconnus de la gastronomie française, ont publié dimanche une tribune dans Le Monde pour alerter sur les dangers d’une agriculture trop tournée vers la productivité et appeler à une transition vers un modèle plus durable et respectueux des sols.

Parmi les signataires figurent Mauro Colagreco (Le Mirazur, Menton, trois étoiles), Philippe Etchebest (Maison Nouvelle, Bordeaux), Emmanuel Pilon (Le Louis XV, Monaco) ainsi que Thierry Marx, président de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie-restauration). Ils se présentent comme des « défenseurs du sol et de ses produits ».

Un modèle agricole en question

Les chefs estiment que la France se trompe de combat en mettant uniquement l’accent sur la compétitivité. « Ne nous trompons pas de combat : la compétitivité seule est un mirage ; la santé et la souveraineté, elles, sont des questions de survie », écrivent-ils.

Ils réagissent notamment aux déclarations de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui avait évoqué au Salon de l’agriculture la nécessité de s’interroger sur « la taille critique » des exploitations. Pour les signataires, cette approche risque d’accélérer la disparition des agriculteurs et d’aggraver la dégradation des sols.

Ils pointent plusieurs vulnérabilités :

  • Raréfaction des terres agricoles due à l’utilisation intensive d’intrants, à l’érosion, à la pollution et à l’urbanisation ;
  • Disparition progressive des agriculteurs eux-mêmes ;
  • Risque accru pour la souveraineté alimentaire du pays.

Deux propositions concrètes

Les chefs formulent deux mesures précises à l’attention des pouvoirs publics, à quelques mois de la présidentielle de 2027 :

  1. La création d’un fonds foncier national abondé par l’épargne citoyenne, destiné à aider les jeunes agriculteurs et ceux en difficulté à accéder à la terre.
  2. La mise en place d’une réduction d’impôt fléchée vers des outils et pratiques qui créent de la valeur à la ferme (circuits courts, agroécologie, qualité).

Ils insistent sur le rôle central des chefs et de la gastronomie dans la valorisation des produits français : « Notre compétitivité repose, en réalité, sur des vulnérabilités d’autant plus grandes qu’elles ne font que gagner en intensité. »

Un engagement qui dépasse la simple tribune

Cette prise de position collective marque une entrée remarquée des grands noms de la gastronomie française dans le débat agricole et politique. Elle intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre productivisme et transition écologique, alors que le secteur agricole fait face à une crise profonde (revenus en berne, endettement, concurrence internationale, attentes sociétales sur l’environnement et le bien-être animal).

Les signataires soulignent que leur engagement n’est pas idéologique mais pragmatique : en tant que professionnels directement dépendants de la qualité des matières premières, ils estiment avoir une légitimité particulière pour alerter sur l’avenir des sols et des produits.

Cette tribune pourrait relancer le débat sur l’orientation de la politique agricole française à l’approche des échéances électorales de 2027. Elle montre aussi que la haute gastronomie, souvent perçue comme élitiste, souhaite s’inscrire dans les grands enjeux de souveraineté et de durabilité alimentaire du pays.

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