Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « participation au maintien ou à la reconstitution d’association ou de groupement dissous » visant la mouvance liée à la Jeune Garde. La procédure fait suite à un signalement du ministère de l’Intérieur évoquant la possibilité d’une reformation du mouvement « antifasciste », dissous quelques mois plus tôt.
L’enquête a été confiée à la Section de recherches de la gendarmerie de Paris. Elle s’inscrit dans un contexte judiciaire déjà marqué par plusieurs procédures concernant d’anciens membres ou personnes gravitant autour du collectif.
Un contexte marqué par la mort de Quentin Deranque
L’ouverture de cette enquête intervient après la mort de Quentin Deranque, survenue le 12 février à Lyon. Plusieurs militants identifiés comme proches de la Jeune Garde ont été mis en examen dans ce dossier.
Au total, sept personnes issues de la mouvance d’extrême gauche ont été poursuivies. Parmi elles figure Jacques-Elie Favrot, collaborateur parlementaire du député La France insoumise Raphaël Arnault, cofondateur du mouvement.
Selon les éléments de l’enquête, l’intéressé aurait reconnu devant les enquêteurs avoir pu encourager l’agression, des propos rapportés faisant état d’incitations violentes au moment des faits. La justice poursuit les investigations pour établir précisément les responsabilités individuelles.
Une dissolution décidée en 2025
La Jeune Garde avait été dissoute en juin 2025 par le ministère de l’Intérieur. La décision reposait sur des accusations d’agissements violents et de participation à des actions contre des personnes, justifiant la qualification de groupement troublant l’ordre public.
Cette dissolution administrative a immédiatement été contestée devant le Conseil d’État. Une requête au fond reste en cours d’examen, tandis qu’une procédure en référé visant à suspendre la dissolution avait été rejetée durant l’été 2025, la juridiction estimant que l’urgence n’était pas caractérisée.
La question d’éventuelles « émanations » locales
Parallèlement à l’enquête judiciaire, l’exécutif a demandé l’engagement de procédures visant plusieurs structures présentées comme des émanations locales du mouvement dissous. Cinq groupes distincts auraient été identifiés, sans que leurs implantations territoriales soient rendues publiques.
Ces démarches visent à empêcher toute continuité organisationnelle après dissolution, qu’elle soit formelle ou informelle, notamment à travers des réseaux militants réorganisés sous d’autres appellations.
Une enquête centrée sur la continuité du mouvement
La qualification pénale retenue suppose de démontrer l’existence d’une organisation poursuivant les activités d’un groupement dissous. Les investigations portent donc sur les liens entre anciens membres, l’éventuelle coordination d’actions, l’usage de symboles ou de structures similaires, ainsi que les canaux de communication.
Les enquêteurs doivent établir si ces éléments caractérisent une reconstitution effective ou seulement la persistance de relations militantes individuelles.
Un dossier à la fois judiciaire et politique
L’affaire se situe à l’intersection de plusieurs enjeux : la lutte contre les violences politiques, la question juridique de la dissolution d’associations et ses effets réels, ainsi que les répercussions politiques liées aux profils de certaines personnes mises en cause.
La décision du Conseil d’État sur la dissolution, attendue ultérieurement, pourrait également influencer la lecture du dossier. En parallèle, l’enquête pénale se poursuit afin de déterminer si une infraction de reconstitution de groupement dissous peut être retenue.
L’instruction devra désormais préciser la nature des liens entre les personnes visées et établir si une structure organisée a effectivement continué d’exister après la dissolution.
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