Bruno Retailleau, président des Républicains, a dévoilé une série de propositions économiques qui marquent un tournant dans le débat politique à droite. Dans une interview accordée aux Échos, il a présenté un projet ambitieux, cherchant à tracer une ligne claire face au « social-étatisme » qu’il attribue à ses adversaires politiques.
Sortir des 35 heures, une réforme au cœur du débat
Au premier chef de ses propositions figure la remise en cause du cadre légal des 35 heures. L’ancien ministre de l’Intérieur estime que cette durée fixe constitue un frein à la croissance et à l’emploi. Il propose une élévation du seuil annuel de travail à 1623 heures, avec des mécanismes de rémunération incitatifs : en dessous de ce seuil, les règles actuelles s’appliqueraient, tandis que chaque heure travaillée au-delà serait exonérée de cotisations et d’impôt sur le revenu.
L’objectif affiché est double : encourager les salariés à travailler davantage tout en réduisant le coût du travail pour les entreprises. Selon Retailleau, cette simplification pourrait favoriser la compétitivité des entreprises françaises et renforcer la valeur du travail.
Un « revenu d’incitation à l’activité » pour remodeler le système social
Autre pierre angulaire du projet : la transformation du système d’aides sociales. Le Revenu de solidarité active (RSA), la prime d’activité et l’allocation de solidarité spécifique (ASS) seraient remplacés par un « revenu d’incitation à l’activité » (RIA). Ce nouveau dispositif conserverait un niveau d’aide comparable au RSA — environ 550 euros par mois — mais avec une condition stricte : le bénéficiaire devrait démontrer qu’il réalise au minimum 15 heures d’activité par semaine.
Retailleau argue que les aides actuelles découragent parfois le retour à l’emploi. Le RIA, quant à lui, serait ajusté de sorte que chaque heure travaillée se traduise par un gain immédiat, facilitant ainsi la transition vers un emploi stable.
Fusion des guichets et plafonnement des aides
Le chef de file des Républicains souhaite aussi simplifier le paysage des aides sociales en créant un « compte social unique ». L’objectif serait de regrouper les multiples prestations existantes sous un seul système, avec pour but de plafonner le total des aides à 70 % du SMIC. Selon lui, cette mesure permettrait de creuser l’écart entre les revenus tirés du travail et ceux de la solidarité, renforçant ainsi l’incitation à reprendre une activité professionnelle.
Durcir l’assurance-chômage
Sur le front de l’assurance-chômage, Retailleau prône un durcissement des conditions d’indemnisation. Parmi les pistes avancées, l’application d’une sanction effective après le troisième refus d’une offre raisonnable d’emploi. Il souhaite également encadrer plus sévèrement les ruptures conventionnelles, revoir le mode de calcul des indemnités pour les travailleurs transfrontaliers en fonction des salaires français et lutter contre les pratiques jugées abusives qui permettent à certains de recharger leurs droits chômage à l’occasion de périodes très courtes d’emploi.
Une politique volontariste pour les seniors
Concernant les travailleurs plus âgés, Retailleau propose une rénovation du cumul emploi-retraite. Pour ceux ayant tous leurs trimestres mais pas l’âge légal, il envisage une exonération totale de cotisations retraite et chômage. Après l’âge légal, ce nouveau dispositif remplacerait les mécanismes existants, notamment la surcote.
La réforme des retraites, un chantier incertain
Sur la question délicate de l’avenir des retraites, Retailleau se montre moins précis. La réforme qui visait à porter progressivement l’âge de départ à 64 ans a été suspendue par l’Assemblée nationale en décembre dernier. Le président des Républicains affirme cependant vouloir une réforme « ambitieuse mais réaliste », intégrant une couche de capitalisation pour sécuriser le système de répartition, qu’il juge menacé.
Une stratégie politique clairement affichée
Au-delà des mesures techniques, ce package de propositions s’inscrit dans une stratégie politique plus large. Retailleau veut offrir un contraste marqué avec les orientations économiques du Rassemblement national, qu’il qualifie de « social-étatiste », tout en se positionnant comme une alternative crédible à la majorité actuelle.
Son objectif avoué est de repositionner Les Républicains dans la course présidentielle de 2027, en présentant un programme perçu comme cohérent, lisible et orienté vers la relance de l’activité, la simplification des systèmes sociaux et la responsabilisation des acteurs économiques.
Un débat déjà lancé
Ces propositions ont déjà déclenché des réactions contrastées. Certains saluent la volonté de rupture et de rationalisation des dépenses sociales, tandis que d’autres pointent des risques d’inégalités ou de fragilisation des plus vulnérables. Le débat, loin d’être clos, s’annonce intense à mesure que s’approchent les échéances électorales de 2026 et 2027.
Retailleau a clairement planté ses jalons : il entend faire de l’économie un terrain sur lequel sa formation puisse peser fortement, quitte à proposer des solutions audacieuses et parfois controversées.
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