Un président doit gouverner. Peser. Anticiper. Voir loin. C’est la moindre des exigences dans un monde où chaque décision résonne à travers des siècles d’histoire et des millions de vies. Mais en France, nous avons désormais un chef de l’État qui gouverne à l’émotion, au rythme des images-chocs, comme une shampouineuse qui changerait de parfum au gré des publicités.
On exagère ? À peine.
Prenons l’exemple récent du Proche-Orient. Il aura suffi d’un cliché d’enfants faméliques, squelettiques, alignés pour une livraison d’aide humanitaire à Gaza, pour que le président Macron, dans une précipitation saisissante, annonce la reconnaissance prochaine d’un État palestinien. Un geste diplomatique majeur, aux implications lourdes, censé être mûri, débattu, préparé… Mais non. Une photo, une indignation médiatique, et voilà la politique étrangère française soudainement bouleversée.
Une semaine plus tard, retournement spectaculaire : des images d’un otage israélien, détenu par le Hamas, font le tour des réseaux. Cette fois, c’est l’indignation inverse. Le président s’emporte, menace, tonne. Faut-il lui rappeler qu’il s’est engagé quelques jours plus tôt à reconnaître un État dont l’un des principaux acteurs de terrain, le Hamas, pratique justement ces enlèvements ?
Ce n’est plus de la diplomatie, c’est du zapping. De la politique Instagram. Une suite de spasmes émotionnels, où chaque décision se prend entre deux clics de télécommande et trois tweets rageurs.
Dans ce monde instable, ce n’est pas de compassion impulsive dont les peuples ont besoin. C’est de sang-froid, de constance, d’analyse. Nous avons, face à nous, des régimes cyniques, des organisations terroristes stratèges, des équilibres géopolitiques complexes. Et nous répondons… avec des effets d’annonce montés sur une vague de likes.
Où est la hauteur ? Où est la vision d’ensemble ?
On se serait attendu, en France, patrie de Richelieu et de De Gaulle, à un président capable de voir au-delà de la prochaine alerte BFM. Un chef d’État sachant résister à l’émotion du moment, pour ne pas embrouiller les positions stratégiques de la nation. Un homme d’État, en somme. Pas un influenceur en costume trois pièces, à l’écoute permanente de son “community manager”.
Les diplomaties sérieuses n’agissent pas sous le coup d’une image. Elles lisent les rapports, écoutent les services, analysent les enjeux. Elles savent que le monde est gris, complexe, dangereux. Que céder à la compassion médiatique, c’est parfois trahir la justice réelle.
Mais aujourd’hui, il suffit d’un photographe bien inspiré et d’un titre en gras pour orienter l’Élysée. On ne gouverne plus. On réagit. Et toujours trop tard, toujours trop fort, toujours dans le mauvais sens.
À ce rythme, il ne restera bientôt plus rien de la France stratégique. Seulement une République sentimentale, agitée, sans boussole ni mémoire.
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