La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé mercredi à créer un Conseil européen de sécurité regroupant l’Union européenne, le Canada, la Norvège et le Royaume-Uni. Elle s’exprimait lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen à Strasbourg.
« L’urgence est encore plus grande aujourd’hui, au vu de la nature et de l’ampleur des risques en jeu. C’est pourquoi nous exposerons nos idées pour qu’un Conseil européen de sécurité devienne réalité », a-t-elle déclaré.
Protocole d’urgence et menaces hybrides
Pour accélérer la réaction européenne en cas de crise, elle a plaidé pour un « protocole de sécurité d’urgence », sur le modèle de l’article 4 du traité de l’Otan. « En cas de déclenchement par un État membre, tous les États membres se réuniraient, afin de coordonner une réponse européenne, d’empêcher toute nouvelle escalade et d’atténuer les conséquences », a-t-elle précisé.
Elle a jugé que l’Europe devait mieux se préparer face à la multiplication des crises. « Les menaces hybrides auxquelles l’Europe est confrontée sont de moins en moins hybrides et il s’agit de moins en moins de menaces », a-t-elle affirmé, en évoquant une tentative d’attaque au drone à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne.
Canada, « premier membre associé »
En présence du Premier ministre canadien Mark Carney, premier chef de gouvernement étranger à assister à ce discours, Mme von der Leyen a souhaité faire du Canada le « premier membre associé » de l’UE. « Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible (…) Je voudrais donc œuvrer avec vous à la possibilité pour le Canada de devenir le premier membre associé de l’UE », lui a-t-elle dit. Les eurodéputés se sont levés pour applaudir longuement M. Carney, qui doit s’exprimer jeudi devant l’assemblée de Strasbourg.
Ce statut n’est pas défini par les traités européens. L’Allemagne a récemment proposé de l’ouvrir à l’Ukraine, avec une participation à certaines réunions ministérielles ou sommets, sans droit de vote.
Mme von der Leyen a souligné que Ottawa et Bruxelles voyaient « le monde avec les mêmes yeux : de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique ». Elle a rappelé que l’accord commercial bilatéral avait fait progresser les échanges de plus de 75 % en moins d’une décennie, tout en estimant « urgent de réinventer nos partenariats ». Le Canada, engagé dans une guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump, cherche de nouveaux appuis ; l’Europe recherche aussi des partenaires dans un contexte de tensions avec Washington.
Ukraine et projet Freyja
Sur l’Ukraine, engagée dans sa cinquième année de guerre contre la Russie, la présidente de la Commission a promis un soutien « plus que jamais dans cet hiver de guerre qui sera le pire d’entre tous ». Elle a assuré une aide humanitaire et un renforcement de l’approvisionnement en énergie et en chauffage, ainsi qu’un effort accru sur la défense aérienne, sans détailler les montants.
Elle a rappelé la collaboration ouverte avec Kiev sur un système de défense antimissile « modulaire et d’un coût abordable », baptisé Freyja. Y participent depuis juillet 2026 l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark, ainsi que la Norvège, le Royaume-Uni et l’Ukraine.
Intelligence artificielle
Ursula von der Leyen a annoncé qu’elle inviterait « les principaux laboratoires d’avant-garde à discuter du soutien à apporter aux efforts actuels de l’industrie pour ralentir la course » sur les modèles jugés les plus risqués. Elle a promis de travailler avec des pays partageant cette approche, « comme le Canada et le Royaume-Uni », en s’appuyant sur le règlement européen sur l’IA, qu’elle a présenté comme une « pièce maîtresse des garde-fous ».
Canicules et résilience climatique
Après un été marqué par « plus de 35 000 décès supplémentaires » liés aux vagues de chaleur dans l’UE, elle a promis de « présenter prochainement un plan européen de lutte contre les vagues de chaleur ». « L’été que nous venons de vivre ne peut se reproduire », a-t-elle dit, en appelant à des systèmes d’alerte précoce plus efficaces, une meilleure préparation sanitaire, l’adaptation des zones urbaines et un soutien aux plus vulnérables. Aucun calendrier précis n’a été fixé pour ce plan.
La Commission doit proposer fin octobre une loi sur la résilience climatique. « Nous identifierons 100 des territoires les plus vulnérables. Et nous évaluerons les risques, ainsi que le niveau auquel ils doivent être gérés », a-t-elle indiqué. Elle a aussi évoqué une initiative européenne pour l’eau et annoncé une alliance pour l’assurance des risques climatiques : aujourd’hui, a-t-elle rappelé, seuls environ 25 % des pertes liées aux catastrophes sont couverts par une assurance privée en Europe, les budgets nationaux servant trop souvent d’assureur de dernier recours.
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