Une couronne impériale bousillée, une direction épargnée. « Tout va bien » au Louvre

Photo : Michael Fousert

L’institution qu’est le Louvre vient de vivre un épisode qui devrait laisser des traces, mais étrangement, aucune secousse n’a encore atteint sa direction. Le 19 octobre dernier, des cambrioleurs s’introduisent dans la galerie d’Apollon, coupent une vitre avec une disqueuse et, dans leur fuite, écrasent la couronne impériale d’Eugénie qu’ils tentaient de dérober. L’objet, pièce maîtresse du département des Objets d’art, subit une « déformation massive » : palmettes arrachées, aigle d’or disparu, diamants tombés au sol.

Le Louvre a retrouvé l’objet, certes, mais dans un état qui en dit long sur la brutalité de l’opération. Et depuis, la direction du musée, incarnée par Laurence des Cars, a fait preuve d’un étonnant mutisme sur sa propre responsabilité dans ce fiasco. Peu de réflexions, encore moins d’auto-critique. Les déclarations publiques, limitées à des assurances vagues de restauration, ne résistent pas à l’évidence d’une défaillance criante dans la sécurisation d’un des lieux culturels les plus prestigieux du monde.

Lorsque l’on expose au public des œuvres d’une valeur inestimable, il ne suffit pas d’un simple verre blindé pour espérer dissuader des malfaiteurs équipés. Il fallait anticiper, prévoir, investir. Les alertes, à ce sujet, n’ont pas manqué, mais elles n’ont visiblement pas été entendues ou prises au sérieux. La conséquence ? Un trésor historique mutilé, (et d’autres complètement disparus) et une direction qui continue de siéger sans être inquiétée, sans que l’on sache qui, au juste, répondra de cette « bévue ».

Ce qui est d’autant plus frappant, c’est l’absence de remise en question interne.

On nous parle maintenant de restauration possible, de faire refaire l’aigle d’or manquant, de solliciter des restaurateurs ou des maisons de joaillerie historiques — des démarches certes louables. Mais pendant ce temps, d’autres pièces volées lors de ce même cambriolage restent introuvables, et le Louvre peine à rassurer ses visiteurs comme ses partenaires.

La présidente du Louvre n’a pas été mise en examen. Aucun garde-fou, aucune enquête publique indépendante ne semble pointer vers une quelconque responsabilité de ceux qui, par leurs décisions ou leurs omissions, ont laissé ce trou de sécurité s’ouvrir. Dans un pays où l’on exige des comptes aux entreprises comme aux institutions publiques, cette dérobade institutionnelle interroge.

Ce ne sont pas seulement des bijoux qui ont été endommagés, mais la crédibilité d’un musée que l’on dit le plus visité du monde. Tant que les responsables resteront intouchables, tant que les réponses se feront au compte-gouttes, la France continuera de laisser filer son patrimoine sous les regards, à peine étonnés, de ceux qui sont censés le protéger.

Une direction doit rendre des comptes. Une présidente doit expliquer ce qui n’a pas fonctionné, ce qui n’a pas été anticipé, et quelles mesures concrètes sont prises pour que cela ne se reproduise pas. Faute de cela, l’impunité restera l’un des seuls héritages tangibles de ce vol spectaculaire.

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