La porte-parole de la Commission européenne, Anna-Kaisa Itkonen, a indiqué vendredi 2 octobre que l’institution « rejette catégoriquement » toute hypothèse d’interdiction frappant les exportations américaines de gazole. Une telle décision, a-t-elle prévenu, « porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable ».
Bruxelles se déclare en revanche « prête à une action collective » aux côtés de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour trancher sur un éventuel recours aux stocks stratégiques des États, sur le modèle de mars dernier. Un entretien téléphonique entre dirigeants pourrait se tenir dans l’après‑midi. Le matin, des experts des Vingt-Sept s’étaient déjà réunis ; une initiative française de prélèvement sur ces réserves figurait parmi les points examinés.
Au cours de la nuit de jeudi à vendredi, Emmanuel Macron a parlé au téléphone avec Donald Trump. L’Élysée précise que le chef de l’État « a souligné que les pays du G7 avaient un intérêt commun à agir de manière concertée, sans restriction aux exportations ». Après s’être aussi entretenu avec le Premier ministre canadien Mark Carney, M. Macron « entend réunir dans les meilleurs délais une visioconférence des dirigeants du G7 pour assurer la coordination des mesures à prendre ».
Washington reproche à l’Europe un effort insuffisant. En mars, les membres de l’AIE — dont les pays de l’UE — s’étaient engagés à libérer progressivement 400 millions de barils de pétrole tirés de leurs stocks stratégiques ; une partie de ces volumes n’a toujours pas été injectée sur le marché.
Sur X, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a écrit : « Nos partenaires européens devraient accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles ». Il avait jugé jeudi que « les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d’une pénurie mondiale de diesel ».
Auprès de Fox News, le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a estimé que « l’Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation » et qu’« il est temps de procéder à une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel », à l’approche de l’hiver. En déplacement au Texas, Donald Trump avait déclaré jeudi qu’il « pourrait » demander aux Européens de puiser dans leurs réserves de gazole.
La moitié du gazole importé par les Vingt-Sept provient des États-Unis. Les frappes ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes et le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran pèsent sur la production de ce carburant.
À la pompe, dans l’UE, la moyenne hebdomadaire a atteint 2,24 euros le litre, record absolu, selon un recueil de statistiques nationales rendu public jeudi par la Commission. Outre-Atlantique, fin septembre, le gazole a grimpé jusqu’au sommet inédit de 6,53 dollars le gallon. Sous l’effet de la flambée énergétique, l’inflation de la zone euro a atteint 3,8 % en septembre, son plus haut niveau depuis trois ans.


