Sonia Mabrouk quitte CNews après un bras de fer avec la direction sur le cas Morandini

DR

La chaîne d’information CNews traverse une période de fortes turbulences à la suite de l’affaire impliquant l’animateur Jean-Marc Morandini. Condamné définitivement pour corruption de mineur et harcèlement sexuel, celui-ci a néanmoins été maintenu à l’antenne, où il continue de présenter son émission quotidienne. Cette décision, soutenue par la direction de la chaîne et par l’actionnaire Vincent Bolloré, a suscité de vives tensions internes et alimenté une polémique médiatique durable.

La controverse a rapidement dépassé le simple cadre judiciaire. Plusieurs personnalités et cadres de la chaîne ont exprimé, en interne ou publiquement, leur désaccord avec le maintien de l’animateur. Cette situation a cristallisé un climat de division au sein de la rédaction et mis en lumière des divergences sur la ligne éditoriale et la gestion de l’image du groupe.

L’incident déclencheur entre direction et rédaction

La crise a pris une dimension plus visible lors d’un épisode survenu en conférence de rédaction. Le directeur de la chaîne, Serge Nedjar, a réaffirmé publiquement son soutien au maintien de Morandini en tenant un discours particulièrement ferme, rappelant que les salariés opposés à cette orientation restaient libres de quitter l’entreprise.


Selon plusieurs témoignages internes, cette prise de position a été perçue comme un message direct à Sonia Mabrouk, figure centrale de la chaîne et animatrice de la matinale politique. L’épisode a marqué un tournant dans les relations entre la journaliste et une partie de la direction, déjà fragilisées par des divergences liées à la gestion de l’affaire Morandini.

La prise de position publique de Sonia Mabrouk

Quelques jours auparavant, la journaliste avait exprimé à l’antenne sa désapprobation face au maintien de Morandini, tout en affirmant conserver du respect pour sa hiérarchie. Cette déclaration, prononcée en direct lors d’une interview politique, avait suscité une forte réaction interne et alimenté des rumeurs sur son avenir au sein de la chaîne.

Sa position lui a toutefois valu de nombreux soutiens. Plusieurs figures de CNews, dont Pascal Praud et Laurence Ferrari, ont manifesté leur solidarité. Le soutien s’est également étendu à des responsables politiques et médiatiques extérieurs à la chaîne, illustrant l’ampleur prise par la controverse.

La démission et ses motivations officielles

La situation a culminé avec l’annonce de la démission de Sonia Mabrouk, officialisée par un communiqué diffusé par l’AFP. La journaliste y évoque une détérioration durable de ses relations avec une partie de la direction et justifie son départ par sa volonté de défendre l’intérêt des victimes.

Sa décision s’inscrit également dans un contexte personnel, puisqu’elle s’apprête à accueillir un second enfant. Selon plusieurs sources internes, son départ aurait toutefois été envisagé à moyen terme et aurait été précipité par la crise liée à Morandini.

Les répercussions pour le groupe Bolloré

La démission de Sonia Mabrouk constitue une perte symbolique pour l’écosystème médiatique contrôlé par Vincent Bolloré. La journaliste occupait une place stratégique, intervenant simultanément sur CNews, Europe 1, dans le Journal du Dimanche et au sein de la maison d’édition Fayard.

Au-delà de la dimension éditoriale, ce départ pose un enjeu d’image pour le groupe. Alors que CNews connaît une progression notable de ses audiences, la polémique liée au maintien de Morandini et le départ d’une personnalité reconnue pourraient fragiliser son positionnement, notamment à l’approche d’échéances électorales majeures.

Les perspectives professionnelles de Sonia Mabrouk

Considérée comme l’une des intervieweuses politiques les plus influentes du paysage audiovisuel français, Sonia Mabrouk suscite déjà l’intérêt de plusieurs groupes médiatiques. Des rumeurs évoquent un possible rapprochement avec BFMTV, dont le propriétaire chercherait à renforcer l’incarnation éditoriale de la chaîne.

Le groupe TF1, via LCI, ainsi que France Télévisions, sont également cités comme pistes potentielles.

Un signal envoyé aux équipes et au secteur audiovisuel

En maintenant Jean-Marc Morandini à l’antenne malgré les critiques, la direction de CNews a affirmé sa volonté de conserver la maîtrise totale de sa stratégie éditoriale. Ce choix est interprété par certains observateurs comme un message adressé aux équipes, rappelant la primauté de la ligne fixée par la direction sur les positions individuelles des journalistes.

Dans le même temps, ce positionnement pourrait redessiner les équilibres entre chaînes d’information concurrentes, chacune cherchant à renforcer ses figures médiatiques en vue des prochaines échéances politiques majeures.

CNews entame désormais une phase délicate où la gestion de son image et le maintien de ses audiences seront déterminants pour préserver sa dynamique dans un paysage audiovisuel de plus en plus concurrentiel.

Une séquence qui illustre combien, dans l’audiovisuel politique, la stabilité d’une chaîne repose autant sur ses audiences que sur l’équilibre fragile entre direction, éditorial et incarnations médiatiques.

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires


Le Journal des Francais