« S’il y a censure, il y a dissolution » : Lecornu durcit le ton

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La France traverse une de ces périodes où, sous des dehors techniques, se joue en réalité une bataille de pouvoir. Quand Sébastien Lecornu se lève à l’Assemblée nationale pour affirmer que « s’il y a censure, il y a dissolution », il n’agit pas seulement en technicien des textes constitutionnels, il brandit une menace lourde de sens politique. La situation dans laquelle se trouve le gouvernement ne se résume plus à un simple bras de fer budgétaire, elle touche à l’équilibre même de la vie politique française.

L’exécutif a l’impression d’être attaqué sur tous les fronts. Socialistes, écologistes, communistes ont tenté de transformer des désaccords techniques en outil de déstabilisation gouvernementale. Il faut rappeler que les motions de censure sont prévues par la Constitution pour sanctionner une politique jugée contraire à l’intérêt général. Elles ne doivent pas être instrumentalisées comme des coquilles vides destinées à faire trébucher l’exécutif.

Et pourtant, le réflexe de Lecornu est clair : utiliser la menace de dissolution comme une arme de dernier recours face à une opposition qui multiplie les pièces de théâtre politiciennes. Ainsi, Matignon a déjà demandé à Beauvau de préparer des élections législatives anticipées calées sur les dates des municipales, au cas où l’Assemblée cèderait. Cette anticipation prouve que l’exécutif prend la menace au sérieux, conscient que la défiance parlementaire, si elle se prolonge, ne peut être simplement balayée d’un revers de main.

On pourra critiquer la méthode, mais il faut reconnaître que, sur le fond, le gouvernement tente de préserver la cohérence de l’État. Les débats budgétaires sont d’une complexité redoutable, loin des slogans simplistes de certains partis qui ne veulent que polémiquer. Travailler sur l’architecture budgétaire d’un pays, c’est s’attaquer à des « arbustes », pour reprendre l’image de l’exécutif, non à des caricatures. Refuser de s’assoir autour d’une table pour discuter de l’environnement budgétaire tout en érigeant des motions de censure comme seul argument politique relève d’une forme d’irresponsabilité.

Certains membres de l’opposition savent qu’un retour aux urnes dans un climat de lassitude parlementaire pourrait se retourner contre eux. Car le Français, fatigué d’assister à des crises répétées sans avancées concrètes sur les sujets qui touchent sa vie quotidienne, regarde avec scepticisme ces manœuvres de couloir.

La dissolution, si elle devait arriver, ne serait pas tant une fuite qu’une réponse à une crise de confiance profonde. Elle ouvrirait la voie à une clarification démocratique nécessaire, en renvoyant directement aux Français la responsabilité de trancher.

Ce défi est colossal. Il exige de chacun, au sein de la classe politique, un sens de la responsabilité plus aigu que ce que l’on a vu ces dernières semaines. La France a besoin de débats sérieux, d’un Parlement solide, et non de tactiques dilatoires ou de menaces latentes qui affaiblissent encore davantage une démocratie déjà perçue comme instable.

Si l’heure est venue pour une dissolution, ce ne sera pas la fin d’un cycle, mais peut-être le début d’une phase de redéfinition politique. À défaut d’un véritable dialogue, rien ne vaut une clarification nette devant les électeurs. C’est à eux, en définitive, de choisir.

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