« Send them home! » : la Grande-Bretagne en ébullition contre l’immigration

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Belfast, Southampton, Glasgow, Londres. Du nord au sud du Royaume-Uni, une colère populaire brute, parfois violente, monte contre ce que des millions de Britanniques appellent désormais « l’immigration de masse ». Les slogans ne laissent plus de place au doute : « Send them home », « Whose streets ? Our streets ! », « We will never submit ». Derrière les banderoles et les affrontements avec la police, il y a un sentiment profond de trahison : celui d’un contrat national rompu par les élites de Westminster.

Les déclencheurs récents : Southport, Henry Nowak, Belfast

En juillet 2024, trois fillettes sont assassinées au couteau à Southport par un jeune homme d’origine rwandaise. Des émeutes embrasent plusieurs villes. Hôtels accueillant des demandeurs d’asile sont attaqués. Plus de 1800 arrestations. La répression est rapide et sévère — parfois plus que pour d’autres formes de violence.

Fin 2025, Henry Nowak est tué à Southampton. Vickrum Digwa, un Sikh, avait faussement accusé sa victime d’agression raciste avant de la poignarder. La police avait menotté le jeune homme blanc alors qu’il agonisait en criant « I can’t breathe ». Les images des bodycams ont fait le tour des réseaux. Nigel Farage a parlé de « pure cold rage ». Des émeutes ont éclaté. Onze policiers ont été blessés à Southampton. Des manifestations se sont propagées en Irlande du Nord, en Écosse et dans le nord de l’Angleterre.

En juin 2026, l’attaque de Belfast relance l’incendie. Un Soudanais en situation irrégulière ou sous visa temporaire blesse grièvement un homme. Les émeutes gagnent Glasgow, Édimbourg et d’autres villes. Tommy Robinson (Stephen Yaxley-Lennon), figure suivie par des millions sur X, appelle à « Unite the Kingdom ». En mai 2026, 60.000 personnes manifestent à Londres. En septembre 2025, ils étaient plus de 100.000-150.000 selon les estimations.

Le scandale des grooming gangs : la lâcheté qui a tout empoisonné

Rien n’a autant nourri la rage que l’affaire des « grooming gangs ». Entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, 250.000 jeunes filles britanniques, souvent issues de milieux défavorisés et blanches, ont été systématiquement violées, prostituées et exploitées par des réseaux majoritairement composés d’hommes d’origine pakistanaise et musulmans.

À Rotherham, Rochdale, Oxford, Telford et ailleurs, les autorités locales, la police et les services sociaux ont fermé les yeux. Par peur d’être accusés de racisme. Louise Casey, qui a enquêté à Rotherham, a raconté que le mot « Pakistani » était parfois recouvert de correcteur liquide dans les rapports. Keir Starmer, alors directeur des poursuites, a longtemps résisté à une enquête nationale.

Ce n’est pas une théorie du complot. C’est un des plus grands scandales de l’histoire récente du Royaume-Uni. Des centaines de milliers de victimes. Des carrières politiques et administratives sauvées par le silence. Et aujourd’hui, quand la rue rappelle ces faits, on l’accuse d’extrémisme.

L’immigration de masse : les chiffres et la perception

Officiellement, la migration nette a fortement baissé en 2025 : 171.000 selon l’ONS (Office for National Statistics), contre des pics de plus de 900.000 en 2023 et environ 330.000 en 2024. Une baisse due aux restrictions sur les visas de travail et d’études et sur les personnes à charge, mises en place par les conservateurs et poursuivies par le Labour.

Mais pour l’opinion publique, c’est trop peu, trop tard. Selon les sondages YouGov et Ipsos, 70 % des Britanniques estiment que l’immigration a été trop importante ces dix dernières années. Plus de la moitié considère encore que le niveau actuel est trop élevé. Une enquête British Future montre que beaucoup croient que l’immigration continue d’augmenter, malgré la baisse statistique.

Le paradoxe du Brexit est criant : les Britanniques ont voté pour reprendre le contrôle des frontières. Ils ont vu les Européens de l’Est remplacés par des flux massifs en provenance d’Asie du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique, souvent peu qualifiés ou en demande d’asile. La « Boriswave » a laissé des traces profondes dans l’Angleterre périphérique, les Midlands et le Nord.

Farage, Reform UK et la rue nationaliste

Nigel Farage et Reform UK surfent sur cette vague. Avant la législative partielle de Makerfield (18 juin 2026), le parti caracolait en tête ou très proche des sondages nationaux. À Makerfield, circonscription ouvrière du Grand Manchester, Reform a obtenu environ 34,5 % face à Andy Burnham (Labour), populaire maire du Grand Manchester qui a remporté 55 %. Restore Britain (Rupert Lowe) a pris 7 %. Farage a parlé de déception et accusé le split de la droite.

Pourtant, le message passe : immigration massive + police à deux vitesses + élites déconnectées. Matthew Goodwin, intellectuel proche de Reform, parle de « contrat social brisé ». Tommy Robinson, avec ses millions d’abonnés sur X et ses grandes marches, incarne la version rue de ce rejet. Elon Musk et même JD Vance ont commenté les affaires britanniques, amplifiant le débat.

Les angles morts et les nuances

Des électeurs traditionnels du Labour dans les bastions ouvriers blancs votent Reform ou s’abstiennent. Des femmes issues de l’immigration elles-mêmes dénoncent parfois les dérives communautaristes et la charia dans certains quartiers (au moins 85 tribunaux de la charia recensés selon une enquête du Times).

L’échelle du phénomène, la concentration dans certaines zones, les échecs d’intégration spectaculaires (criminalité dans certains groupes, sociétés parallèles, islamisme) et le déni des élites ont créé une situation explosive.

Le Royaume-Uni n’est pas seul. L’Irlande a connu des poussées similaires. La France connaît ses propres fractures. Mais le cas britannique est particulier : une identité nationale encore forte chez une partie de la population, une culture de la rue et du football, et un système politique qui commence à se fissurer (bipartisme affaibli).

Implications pour le Royaume-Uni et au-delà

Si Westminster continue à traiter les symptômes (répression des manifestants) plutôt que les causes (contrôle réel des frontières, assimilation exigeante, fin du déni sur les problèmes culturels et religieux), la colère ne fera que monter. Les prochaines élections générales seront un test majeur.

Pour l’Europe, le message est clair : ignorer les préoccupations légitimes des peuples sur l’identité, la sécurité et la cohésion sociale, c’est préparer des explosions plus graves. La « modération civique » britannique a volé en éclats. D’autres pays pourraient suivre si rien ne change.

L’article du contrat national est simple : un pays a le droit — et le devoir — de contrôler qui entre sur son territoire et d’exiger l’adhésion à ses valeurs fondamentales. Quand ce contrat est perçu comme rompu, la rue parle. Et au Royaume-Uni, en ce mois de juin 2026, elle parle fort.

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