Il fallait oser. À 72 ans, dix-neuf ans après avoir perdu une présidentielle contre Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal annonce dimanche qu’elle a obtenu les parrainages nécessaires pour participer à la primaire socialiste. « Je ne savais pas que cela viendrait si vite », a-t-elle confié sur LCI, comme si la France l’attendait derrière la porte avec un bouquet. Non. Ce qui est venu vite, ce sont les signatures de quelques amis du conseil d’administration. Le reste du pays, lui, n’a rien demandé.
Elle se félicite d’avoir « gardé beaucoup d’amitiés au sein du PS ». On la croit. Le Parti socialiste est devenu ça : une association d’anciens qui se parrainent entre eux pour continuer à exister le temps d’un week-end d’octobre. Les 9-10 puis 16-17 octobre, les adhérents encore à jour de cotisation départageront Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Philippe Brun, Jérôme Guedj, Fabien Verdier, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Sept noms. Un même diagnostic : la maison brûle. Sept pompiers. Une seule lance d’arrosage, et elle date de 2007.
Rien à prouver, tout à recycler
Vendredi, à la foire de Châlons-en-Champagne, l’ancienne ministre avait déjà posé le ton : elle n’a « rien à prouver », « pas de carrière politique à faire ». Traduction : les autres courent encore après un destin. Elle, elle ressort le carton. C’est presque touchant. C’est surtout le résumé du socialisme français contemporain. Plus de projet. Une nostalgie. Un carnet d’adresses. Et cette phrase magnifique : « remettre de l’ordre et de la dignité dans la maison France qui a été très abîmée ces dernières années ».
On note le « ces dernières années ». Pas les quarante précédentes. Pas Mitterrand, Jospin, Hollande, les 35 heures, l’ouverture des frontières, le déni sécuritaire, la déconstruction scolaire, l’impuissance migratoire. Non : « ces dernières années ». Comme si le désordre avait commencé le jour où les socialistes ont cessé d’être au pouvoir. Le tour de passe-passe est classique. On casse la vaisselle pendant trente ans, on revient avec un torchon et l’on parle de dignité.
Ségolène n’a d’ailleurs pas dévoilé « beaucoup de propositions à ce stade ». On la comprend. Le stock est déjà connu. L’ordre juste. La France tranquille. La part maternelle du pouvoir. Les formules ont vieilli moins vite que le parti, ce qui n’est pas un compliment.
Un parti qui se prend pour un pays
Le plus comique n’est pas Ségolène. C’est le décor. Le PS organise une primaire « de la gauche socialiste et démocratique » comme on organise une AG de copropriété : fermée, payante, réservée aux initiés, et présentée ensuite comme un événement national. Pendant ce temps, le pays vote ailleurs. En Allemagne, le même week-end, un Land entier envoie 44 % à un parti que Paris traite encore de peste. En France, la gauche de gouvernement continue de croire que le problème, c’est le manque de Ségolène.
Olivier Faure veut « tout reconstruire, tout réparer ». Glucksmann veut « relever la France » avec une boule dans le ventre. Maurel veut enrayer le déclin. Royal veut de l’ordre. Tous ont raison sur un point : quelque chose est cassé. Aucun n’accepte de dire que leur famille politique a tenu le marteau. Alors ils se disputent le droit de représenter un électorat qui, pour l’essentiel, est déjà parti — vers l’abstention, vers Mélenchon, ou vers ceux qui nomment les choses sans demander l’autorisation de Solférino.
La primaire d’octobre ne désignera pas un président. Elle désignera le conservateur du musée. On visitera les salles : la salle 2007, la salle Hollande, la salle des amitiés fidèles, la salle « je n’ai rien à prouver ». À la sortie, on rendra l’audio-guide. Le pays, lui, n’est pas venu.
Ségolène a les parrainages. Bravo. Elle a surtout rappelé une vérité simple : au Parti socialiste, on ne recrute plus. On recycle. Et l’on appelle ça une primaire.
Depuis 1789, la gauche n'a de cesse en France que de pousser son agenda de déconstruction, avec les dégâts catastrophiques que l'on connaît sur la famille, les saines valeurs, et l'état général de la France. Il est donc très important de suivre au plus près ce que fait et ce que dit la gauche, dans tous ses avatars.
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