Retailleau candidat : la fin de la parenthèse macroniste ?

Illustration : LLP

Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Après des mois de spéculations, il a tranché : « J’ai pris la décision d’être candidat. » Une phrase lourde d’enjeux pour une droite qui cherche son souffle depuis la débâcle de 2017 et l’effondrement de 2022.

Il ne s’agit pas d’un coup de tête. Son passage à la Place Beauvau, au ministère de l’Intérieur, a servi de révélateur. Popularité en hausse, image d’homme ferme sur l’autorité et l’immigration, posture de clarté face au flou macroniste : Retailleau estime que le moment est venu. Pour lui, le pays est « au bout d’un cycle ». Traduction : la séquence ouverte par Emmanuel Macron touche à sa fin.

Une droite qui ne veut plus disparaître

Depuis quinze ans, la droite dite « de gouvernement » recule, se divise, s’excuse presque d’exister. L’effacement des frontières idéologiques, théorisé par le macronisme, a désorienté son électorat. Les Républicains ont oscillé entre participation ambiguë et opposition molle.

En rompant avec certaines logiques de compromis, notamment lors des discussions budgétaires avec le gouvernement de Sébastien Lecornu, Retailleau a voulu incarner une ligne plus nette. Quitte à subir des critiques internes. Quitte à perdre en popularité. Il assume avoir « pris sa perte » plutôt que de diluer son discours.

Dans un paysage saturé de calculs et de sondages, il prétend offrir autre chose : une vision. Il rejette la politique comme simple réponse à la « demande » de l’opinion. Il parle d’« offre ». Le mot n’est pas anodin. Il suggère un projet structuré, une direction assumée, une cohérence.

Retailleau refuse l’idée d’un « ticket » avec Édouard Philippe. Il parle de visions différentes. Derrière la formule, un désaccord plus profond : continuité aménagée du macronisme ou rupture plus franche avec le logiciel des quinze dernières années ?

Le président de LR joue une carte particulière : celle du sérieux, de la sobriété, presque de l’austérité. Il ne promet pas d’être un « homme providentiel ». Il évoque plutôt le devoir, la responsabilité, le redressement. Dans une époque saturée de postures, ce positionnement peut séduire une partie de l’électorat lassée des effets d’annonce.

Le pari du pays réel

Retailleau affirme ne pas vouloir être « le candidat de la droite », mais « le candidat du pays ». L’ambition est haute. Encore faut-il élargir au-delà d’un socle LR réduit.

Sa ligne sur l’immigration, l’autorité de l’État, la critique d’un « en même temps finissant » parle à une frange conservatrice qui ne se reconnaît plus dans le bloc central. Mais pour gagner, il devra aussi convaincre ceux qui ont choisi le RN. La bataille ne sera pas seulement programmatique ; elle sera identitaire.

En se lançant, Retailleau tente de transformer une longue traversée du désert en point de départ. Reste à savoir si le pays est prêt à entendre ce discours, ou s’il choisira une autre voie en 2027.

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