Restitutions coloniales : allons plus loin !

Photo : Petr Kratochvil

Madame Pégard, ministre de la culture, et à sa suite, nos parlementaires, dont un Sénat unanime, envisagent de donner force de loi à une mesure à laquelle je souscris sans réserve.

À dire vrai, j’en rêve depuis que j’ai atteint l’âge de raison, ce petit peu de jugeote qui m’a permis de résister à la propagande scolaire imposant aux consciences le principe de la parfaite égalité des civilisations, sous quelque latitude qu’elles se trouvassent.

Il s’agit de renvoyer dans nos anciennes colonies les éléments essentiels de, je cite, « leur patrimoine culturel et historique ». Adieu donc les têtes en bois de cocotier, adieu les… bon je m’arrête ici, il paraît que cette loi ferait suite à une promesse de M. Macron prononcée à Ouagadougou, un enchaînement de délicieuses syllabes qui pourrait résumer à lui seul notre projet, s’il n’y manquait pas de quoi le parfaire encore.

Je propose en effet que l’on prenne l’initiative généreuse de consentir un sacrifice supplémentaire, un geste réparateur de nos vilenies colonialistes. Il conviendrait non seulement de vider tous nos musées consacrés à ce qu’on appelait autrefois les « arts primitifs », devenus « arts premiers » sous la présidence du regrettable Chirac, mais encore tout ce qui s’entasse dans nos vingt-deux fonds régionaux d’art contemporain, dont les catalogues ne sont plus édités depuis que les citoyens s’intéressent de trop près à l’utilisation que la République fait de leurs impôts.

Ajoutons à ce cadeau de réconciliation tout notre art contemporain allant, disons pour résumer, de Marcel Duchamp à Jeff Koons, que Ouagadougou et ses métropoles voisines accueilleront comme un gage de notre repentir. Ainsi notre bonne foi serait-elle incontestable, tandis que sans cela, nos anciens colonisés pourraient la mettre en doute, car après tout, rendre n’est pas offrir, c’est seulement rendre.

Offrons donc nos urinoirs (Duchamp), nos roues de bicyclette (Duchamp), nos ballons d’hélium (Koons), notre plug anal géant (Mc Carthy), prouvons-leur à ces gens admirables que nous les aimons d’un authentique amour républicain !

Que Versailles reste à Versailles et Ouagadougou à Ouagadougou !

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Le Journal des Francais