Il y a des prises de parole qui éclairent plus sur celui qui parle que sur ce dont il parle. Celle de Patrick Boucheron sur le Puy du Fou appartient clairement à cette catégorie.
Invité sur France Inter, l’ »historien », que le grand public a découvert comme inspirateur de la monstrueuse cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, a raconté sa visite du célèbre parc vendéen. Verdict : un spectacle « désespérant », « suicidaire », porté par une vision « nostalgique » d’une France « toujours déjà perdue ». Rien que cela.
Le problème n’est pas tant la critique – légitime dans une démocratie – que son décalage complet avec la réalité, comme peuvent en témoigner des millions de visiteurs.
Le peuple aime, donc c’est suspect
Le Puy du Fou n’est pas un phénomène marginal. Parc préféré des Français à plusieurs reprises, salué à l’international, il attire chaque année des foules considérables. Des familles, des jeunes, des touristes étrangers, tous séduits par une mise en scène spectaculaire de l’Histoire.
Mais voilà : ce succès populaire semble poser problème.
Dans la grille de lecture boucheronienne, ce qui plaît massivement ne peut être que suspect. Trop accessible, trop émotionnel, trop enraciné. Il faut donc y voir autre chose : une nostalgie maladive, un récit de la défaite, une forme de malaise national.
Une interprétation qui en dit long sur la distance entre une certaine élite intellectuelle et le public.
Une lecture à rebours de ce qui est montré
Affirmer que le Puy du Fou « pleure les martyrs » et ne glorifie pas les héros relève d’une observation pour le moins sélective.
Les spectacles du parc regorgent pourtant de figures héroïques, de récits de bravoure, de moments d’élévation. Chevaliers, soldats, pionniers, artistes… tout un pan de l’histoire française est mis en scène avec emphase et admiration.
Réduire cet ensemble à un « parti de la défaite » revient à ignorer volontairement ce qui se joue sous les yeux des spectateurs.
Ou à refuser de le voir.
Au fond, cette polémique dépasse largement le cas du Puy du Fou.
Elle révèle une fracture bien connue : celle entre une culture populaire, attachée à la transmission, au récit, à l’émotion, et une approche intellectuelle plus distante, souvent marquée par la déconstruction et la méfiance vis-à-vis des grands récits.


