Pendant des décennies, la France figurait parmi les nations européennes les plus prospères. Cette époque est révolue. Les chiffres publiés par Eurostat viennent confirmer ce que beaucoup constatent déjà dans leur quotidien : le niveau de vie français est désormais inférieur à la moyenne de l’Union européenne. Un basculement discret, mais lourd de conséquences.
En 2024, le PIB par habitant français, corrigé du pouvoir d’achat, se situe environ 2 % sous la moyenne européenne. Un symbole fort pour un pays qui se vivait encore récemment comme un pilier économique du continent. La France n’est plus dans le peloton de tête ; elle glisse vers le milieu, voire le bas du classement.
Une chute lente mais continue
Le décrochage ne date pas d’hier. Il s’inscrit dans une trajectoire longue, presque méthodique. Alors qu’en 1975 la France affichait un niveau de vie comparable à celui de l’Allemagne, l’écart dépasse aujourd’hui les 18 %. Dans le même temps, des pays longtemps considérés comme périphériques ont comblé une grande partie de leur retard.
La Pologne, par exemple, accusait au début des années 2000 un différentiel de richesse abyssal avec la France. Il n’en reste aujourd’hui qu’une fraction. La dynamique est claire : la France stagne pendant que les autres avancent.
Le travail, angle mort persistant
Derrière les moyennes se cache un facteur structurel majeur : la quantité de travail. Moins d’un Français sur deux est aujourd’hui en emploi. Les jeunes entrent tardivement sur le marché du travail, les seniors en sortent précocement, et la durée annuelle travaillée reste parmi les plus faibles d’Europe.
Ce choix collectif, assumé ou non, pèse lourdement sur la création de richesse. Aucun modèle économique ne peut durablement compenser un déficit chronique d’activité sans s’appauvrir.
Productivité en panne et illusion du « quoi qu’il en coûte »
La France conserve encore une productivité honorable par salarié, mais ses gains se sont essoufflés. Désindustrialisation progressive, investissement insuffisant dans la recherche, affaiblissement du niveau de formation : les causes sont connues, rarement traitées.
La crise sanitaire a accentué ces faiblesses. En maintenant artificiellement l’économie sous perfusion budgétaire, l’État a évité les ajustements, mais au prix d’un endettement massif. Résultat : pas de rebond spectaculaire, mais une facture colossale et une marge de manœuvre désormais inexistante.
Une impasse budgétaire totale
Avec près de 3 500 milliards d’euros de dette et un déficit qui refuse de repasser sous les seuils européens, la France se retrouve piégée. Là où certains voisins peuvent encore investir, Paris doit chercher des économies à marche forcée, sans vision claire ni cap assumé.
Le projet de budget pour 2026 illustre cette contradiction : promettre sans financer, repousser sans réformer, maintenir les apparences pendant que le socle économique s’érode.
La France ne s’est pas appauvrie par accident, mais par habitude.

