Devant le tribunal correctionnel de Paris, le procureur a demandé mardi 22 septembre, à l’encontre de quatorze personnes jugées pour leur implication présumée dans le naufrage le plus meurtrier survenu dans la Manche, des peines allant de six mois d’emprisonnement avec sursis jusqu’à dix ans de prison, assorties d’un mandat d’arrêt.
Dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021, une embarcation partie de Loon-Plage (Nord) vers l’Angleterre a fait naufrage : au moins 31 personnes, parmi lesquelles une fillette de 7 ans, se sont noyées ou ont disparu. Seuls deux exilés ont survécu.
Les peines les plus sévères — dix ans de prison avec mandat d’arrêt ou incarcération immédiate — concernent l’Afghan Obaidullah M., dit Obaïd, toujours en fuite, et l’Irakien Harem A., seul prévenu sans conseil, qui a exprimé tout haut son agacement à l’énoncé des réquisitions.
Bashdar, présenté comme l’une des têtes présumées du réseau et arrêté en Irak, sera « possiblement » jugé en octobre dans ce pays, a précisé le procureur.
Originaires pour la plupart d’Afghanistan et du Kurdistan irakien, les quatorze accusés répondent entre autres de participation à une association de malfaiteurs, d’aide au séjour irrégulier en bande organisée et d’homicide involontaire. Presque tous se sont dits candidats à l’exil depuis le début des débats, le 8 septembre.
Le procureur a isolé Shahed M. et Zar S. : six mois avec sursis ont été requis contre eux. Il a estimé qu’ils avaient voulu aider par « tradition communautaire », sans profit, en hébergeant des exilés qui tentaient de gagner l’Angleterre.
La question de « la responsabilité des secours » ne doit « pas diminuer celle des passeurs » qui exploitent « la misère », a-t-il encore souligné, en allusion aux sept militaires mis en examen depuis 2023 pour n’avoir pas porté assistance aux naufragés. Les occupants de l’embarcation en détresse avaient multiplié les appels à l’aide sans intervention des secours français.
Peu avant les réquisitions, Natacha Bouchart, maire LR de Calais et partie civile, a fait part de sa « colère face aux passeurs : ces bourreaux, ces criminels pour lesquels un passage vaut plus que la vie d’un enfant ».
À l’audience, l’avocat Matthieu Chirez a lu les mots de l’un des deux survivants, qu’il défend. Hanté par le drame, celui qui s’est « accroché aux corps flottants » pour ne pas sombrer n’a pas eu la force d’assister au procès, qui doit s’achever le 30 septembre.
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