Mort d’un détenu à Besançon : la famille attaque l’État

La famille d’un détenu mort à la maison d’arrêt de Besançon a saisi, le 13 septembre, le tribunal administratif de la ville pour demander l’indemnisation des préjudices liés à son décès. Représentée par les avocats Florent Diaz et Jules Briquet, elle dénonce des « manquements en cascade » de l’administration pénitentiaire, ainsi qu’un défaut de surveillance et de prise en charge adaptés malgré une vulnérabilité connue.

Âgé de 34 ans et père de quatre enfants, l’homme est mort le 29 décembre 2023 après avoir consommé un mélange d’héroïne et de médicaments dans une cellule de 9 m² partagée avec deux codétenus. Un autre détenu est décédé le même jour dans les mêmes circonstances.

Incarcéré le 30 juillet 2023 pour violences intrafamiliales et condamné à un an d’emprisonnement, il est devenu toxicomane en détention, selon Me Jules Briquet. Dès son arrivée, il a subi des violences de la part d’autres détenus. En septembre 2023, il a tenté de se suicider par pendaison. Hospitalisé en psychiatrie sans son consentement, il a ensuite été affecté au « B2 », étage réservé aux détenus fragiles.

Le détenu qui avait fourni la drogue a été condamné en février 2025 à quatre ans de prison pour homicide involontaire. Sa compagne a écopé de six mois pour introduction de stupéfiants lors d’un parloir. « Aucun personnel pénitentiaire n’a été mis en cause dans la procédure judiciaire », souligne l’administration pénitentiaire.

Au moment des faits, l’établissement accueillait 430 détenus pour 276 places, soit un taux d’occupation de 156 %. Ce taux a atteint près de 166 % en août 2026. Ouverte en 1885, la maison d’arrêt souffre de vétusté et d’une désorganisation liée au manque de personnel, d’après le Contrôleur général des lieux de privation de liberté après une visite menée en 2024.

L’administration indique avoir procédé à plus de 1 000 fouilles de cellules en 2023, ainsi qu’à deux opérations de fouille sectorielle de grande ampleur, et dit lutter au quotidien contre le trafic, notamment avec des filets anti-projections.

Les avocats de la famille estiment que ce dossier « concentre toutes les problématiques des maisons d’arrêts françaises » : surpopulation, insalubrité, vulnérabilité psychique des détenus, trafic de drogue et de médicaments. « Il s’est mis à la drogue dure pour supporter des conditions d’incarcération déplorables », a déclaré Me Florent Diaz. « C’est surréaliste : s’il y a bien un endroit où il ne faut pas faire de triplette ni mettre deux toxicomanes ensemble, c’est le B2. » Me Briquet évoque « l’enfer carcéral régulé par le paradis artificiel ».

Le tribunal administratif doit examiner le dossier dans un délai d’environ un an. Le directeur de la maison d’arrêt a l’obligation de préserver l’intégrité physique des détenus.

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