Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto, adolescent de 16 ans poignardé lors du bal du village de Crépol dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, les juges d’instruction ont retenu la circonstance aggravante de racisme contre l’ensemble des mis en examen. Les prévenus sont désormais poursuivis pour meurtre assorti des circonstances aggravantes de racisme et de bande organisée. La décision cible explicitement l’appartenance des victimes à la « race blanche » et à la « nation française ».
Cette requalification, obtenue notamment grâce à l’action de l’AGRIF, a été largement saluée à droite. Elle provoque en revanche un malaise visible à gauche, où plusieurs responsables avaient pendant des années affirmé avec force que le racisme anti-blanc n’existait pas.
Le long déni
Un mois à peine après les faits, le 17 décembre 2023, Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, affirmait sur BFMTV face à Marion Maréchal que le racisme anti-blanc était « une invention de l’extrême droite ». La séquence a circulé largement. Le député LFI Thomas Portes a répété cette position à plusieurs reprises. Le 5 avril 2026 encore, il publiait sur X en majuscules : « LE RACISME ANTI-BLANC N’EXISTE PAS ! ».
Le communiste Fabien Roussel a tenté une autre approche. En mars 2025, sur CNews, il déclarait que le racisme anti-blanc « existe, bien sûr ». Il s’est immédiatement fait recadrer par des élus LFI et par l’écologiste Sandrine Rousseau. Cette dernière lui a répondu : « Non, Fabien Roussel, le racisme anti-blanc n’existe pas, et ce sont les personnes concernées qui en parlent le mieux », en joignant une vidéo de la militante Rokhaya Diallo diffusée sur Brut.
Le scepticisme n’était pas seulement politique. Dans le livre Une nuit en France (Grasset, mars 2025), coécrit par Jean-Michel Décugis, Marc Leplongeon et Pauline Guéna, les auteurs prenaient leurs distances avec la thèse d’un mobile raciste. Sur le plateau de C à vous, Marc Leplongeon affirmait : « Le racisme anti-blanc est un concept issu de l’extrême droite, qui repose sur des théories de submersion migratoire où les Blancs ne pourraient plus vivre paisiblement dans leur pays. En jurisprudence, devant les tribunaux, le racisme anti-blanc n’existe pas ! Très peu d’affaires y font référence. »
Jean-Michel Décugis estimait quant à lui que le procès-verbal de la gendarmerie avait été rédigé « de manière prématurée », sous pression politico-médiatique. Il évoquait sur France Inter un possible « prisme idéologique » qui aurait poussé les enquêteurs à « en faire trop ».
Le récit des faits et les polémiques médiatiques
Une dizaine de témoignages recueillis dès les premiers jours évoquaient pourtant des insultes à caractère raciste pendant l’attaque (« sale blanc », « sale gwer »). Patrick Cohen avait, de son côté, proposé un récit très différent sur le plateau de C à vous. Selon lui, les mis en cause étaient de jeunes gens « extérieurs au village » venus « s’amuser, draguer des filles ». La soirée se serait déroulée sans accroc jusqu’à ce qu’un rugbyman tire les cheveux d’un participant en le traitant de « Tchikita ». Les « offensés » auraient alors sorti des couteaux, et Thomas Perotto se serait effondré, poignardé à mort.
Saisie à l’époque, l’Arcom avait jugé les propos du chroniqueur « dénués de précautions oratoires » et non conformes aux exigences de mesure, de rigueur et d’honnêteté.
Une décision judiciaire qui change la donne
En retenant la circonstance aggravante de racisme contre tous les mis en examen, les juges d’instruction ont tranché. Le meurtre de Thomas Perotto n’est plus seulement un fait divers violent survenu lors d’un bal de village. Il est désormais poursuivi comme un crime raciste, ciblant l’identité ethnique et nationale des victimes.
Cette décision judiciaire place la gauche, et particulièrement La France insoumise, face à des déclarations répétées pendant près de trois ans. Elle confirme ce qu’une partie de l’opinion et plusieurs responsables de droite affirmaient dès les premiers jours : le racisme anti-blanc n’est pas une invention. Il a été reconnu, dans ce dossier précis, par la justice française.


