Mercosur : l’application provisoire déclenche la colère du monde agricole

Photo : Zoran Zeremski / iStock

L’annonce de l’application provisoire de l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur provoque une réaction immédiate du monde agricole français et d’une partie de la classe politique.

Les syndicats dénoncent ce qu’ils considèrent comme un passage en force de la Commission européenne. La décision attribuée à Ursula von der Leyen intervient alors que le Parlement européen a saisi la Cour de justice de l’Union européenne, ce qui nourrit les critiques sur le respect du processus démocratique.

Une accusation de « déni de démocratie »

Depuis le Salon de l’agriculture, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, critique frontalement la décision. Il estime que la présidente de la Commission « s’assoit sur le Parlement de manière très claire et aussi sur la Cour de justice de l’Union européenne ». Il appelle également l’exécutif français à réagir face à une mesure qu’il juge contraire à la vision défendue par son organisation.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, exprime elle aussi des réserves sur la légitimité de la démarche. Elle affirme que cette décision « n’est pas conforme au respect qui aurait dû prévaloir de la décision du Parlement européen » et la qualifie de « très préjudiciable au regard du fonctionnement de nos institutions ».

Une inquiétude économique pour les filières agricoles

Les organisations agricoles mettent en avant les conséquences économiques possibles. Plusieurs filières sont citées comme vulnérables : viande bovine, volailles, sucre, miel ou encore éthanol.

La Confédération paysanne estime que l’entrée en vigueur provisoire constitue « un nouveau passage en force » et considère que cette application risque de fragiliser durablement les secteurs concernés, sans possibilité de retour en arrière.

Les Jeunes Agriculteurs dénoncent également le calendrier choisi. Leur président Pierrick Horel juge que la décision représente « une insulte aux institutions démocratiques, aux agriculteurs et aux citoyens », en soulignant qu’elle intervient pendant la semaine du Salon de l’agriculture.

Des critiques politiques transpartisanes

Au-delà du monde agricole, plusieurs responsables politiques contestent la décision européenne.

L’eurodéputée Céline Imart évoque un « véritable déni de démocratie » et reproche à la Commission d’avoir déclenché l’application provisoire sans attendre l’avis de la Cour de justice de l’Union européenne.

À gauche, Aurélie Trouvé estime que cette décision « nourrit le rejet de cette Europe libérale » et appelle à envisager l’interdiction d’importer des produits ne respectant pas les normes européennes.

Le député écologiste Benoît Biteau considère de son côté que l’application provisoire revient à instaurer « du provisoire qui peut durer », en citant le précédent du Ceta, mis en œuvre depuis 2016.

Vers de nouvelles mobilisations agricoles

Face à cette opposition quasi unanime dans le secteur agricole français, des mobilisations sont envisagées dans les prochaines semaines, notamment à Bruxelles ou à Strasbourg.

Le Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen, doit se réunir afin de définir une stratégie de réponse. Plusieurs responsables annoncent déjà la poursuite de la mobilisation pour empêcher que l’application provisoire ne devienne définitive.

Au Parlement européen, le dossier devrait continuer à alimenter les tensions politiques, tandis que les organisations agricoles annoncent leur intention de maintenir la pression sur les institutions européennes.

La décision relance ainsi un débat ancien sur la politique commerciale de l’Union européenne et sur l’équilibre entre ouverture des marchés et protection des filières agricoles.

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