Depuis le 5 janvier, des milliers de praticiens exerçant en libéral ont décidé de suspendre consultations et interventions programmées, rendant visible ce qui, depuis trop longtemps, couvait sous la surface : une profonde fracture entre ceux qui soignent et ceux qui dirigent.
Dans un pays qui se targue d’un système de santé parmi les meilleurs au monde, il est devenu impossible d’ignorer la détresse grandissante des médecins de ville. Leur mouvement ne s’apparente ni à un caprice corporatiste ni à une simple revendication catégorielle. C’est le refus de voir l’indépendance médicale laminée par des mesures technocratiques.
Les critiques formulées par ces praticiens portent notamment sur des dispositions du budget de la Sécurité sociale. Parmi elles, la possibilité donnée à l’administration de modifier unilatéralement les règles de remboursement de certains actes et la limitation envisagée de la liberté de prescription sont perçues comme des ruptures majeures du contrat de confiance entre médecins et patients.
Pour beaucoup, la médecine n’est pas qu’un métier, c’est un engagement. Lorsqu’un médecin prescrit, il ne remplit pas un formulaire, il pose un jugement clinique fondé sur son expertise et sur la singularité de chaque patient. Céder à des logiques de quotas et de statistiques, c’est risquer de transformer l’acte médical en une suite de cases à cocher, au détriment de la relation thérapeutique.
Ce mouvement est aussi un appel à la responsabilité politique. Soutenir les médecins, c’est reconnaître que des réformes sont nécessaires — mais qu’elles doivent aller de pair avec le respect de l’autonomie professionnelle et de la confiance que les citoyens placent dans leurs soignants. C’est aussi comprendre que démanteler les bases de la médecine libérale, sans alternative crédible et convaincante, reviendrait à mettre en péril l’accès aux soins partout en France.
Il ne s’agit pas d’opposer ville et hôpital, ni de diaboliser l’État ou les assurés sociaux. Il s’agit de rappeler que la santé n’est pas une ligne budgétaire parmi d’autres, mais un bien commun fragile, qui mérite une attention particulière et une écoute active de celles et ceux qui, chaque jour, s’y consacrent.
En soutenant la légitime mobilisation des médecins libéraux, c’est la santé de notre nation tout entière qui gagne en cohésion et en humanité. Parce que sans praticiens disponibles, libres et motivés, ce sont nos concitoyens qui paieront le prix fort.
Ensemble, réaffirmons que la médecine n’est pas qu’un poste de dépense : c’est l’assurance vitale de notre société et il est urgent de protéger ceux qui en sont les piliers.


