Maxime Saada, directeur général de Canal+, a jugé lundi 5 octobre sur RTL que le doublement du taux de TVA prévu pour les télévisions payantes était « une décision absurde, qui n’a aucun sens économique, et donc elle ne peut être que politique ».
Inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027, la disposition supprimerait le taux réduit de 10 % dont bénéficient les abonnements aux chaînes payantes diffusées en direct pour les aligner sur le taux normal de 20 % appliqué aux plateformes de vidéo à la demande. Canal+ propose les deux types de prestations et le taux réduit s’applique à l’essentiel de ses activités.
Le dirigeant a chiffré l’impact à 200 millions d’euros par an pour le groupe. « Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas un geste économique parce que la mesure est anti-économique », a-t-il ajouté, en réponse à une question sur une éventuelle rétorsion liée à l’actionnaire de référence Vincent Bolloré, dont le groupe possède CNews.
Pour M. Saada, la décision « met à bas tout le financement du cinéma français », alors qu’« il y a un mois le président (Emmanuel) Macron a dit qu’il fallait préserver le trésor qu’est l’exception culturelle française ».
Regrettant de n’avoir pas été entendu par Bercy, il a indiqué que Canal+ allait « discuter avec les parlementaires » saisis du texte : « Rien n’est joué, nous espérons bien faire changer la trajectoire de ce texte ». En cas d’échec, il a menacé d’augmenter le prix des abonnements et d’organiser un plan social.
Dans un communiqué publié lundi soir, la CFE-CGC, troisième syndicat chez Canal+, s’est inquiétée d’éventuelles « restructurations, de gels de recrutements, voire de suppressions de postes ». Elle « demande au gouvernement de renoncer à cette mesure injuste et contre-productive ».
Treize organisations du cinéma ont écrit à Emmanuel Macron pour alerter sur les « conséquences dramatiques » du projet, alors que Canal+ s’est engagé à investir 980 millions d’euros entre 2028 et 2032 dans le cinéma français et européen. Le secteur du sport s’est également inquiété.
Canal+ « est la seule société française, et même européenne, qui est présente dans 70 pays et qui peut espérer rivaliser avec les acteurs américains », a affirmé M. Saada. « Qui va se substituer à Canal+ pour financer le sport et le cinéma ? »


