Cette fois, ce n’est plus un professeur isolé, ni un parent inquiet, ni un rapport obscur perdu dans une commission parlementaire. C’est le patron d’un des fleurons industriels français, Safran, qui le dit devant les sénateurs : le niveau en mathématiques s’effondre, et avec lui une partie de l’avenir économique du pays.
La formule est brutale : « bombe à retardement ». Elle l’est moins que la réalité.
Car ce qui arrive aujourd’hui était annoncé depuis des années.
Une décision idéologique, des conséquences très concrètes
En 2019, les mathématiques sont rendues optionnelles au lycée. Présentée comme une modernisation, la réforme ressemble désormais à une expérience grandeur nature sur l’amnésie collective.
Moins d’heures, moins d’exigence, moins d’élèves dans les filières scientifiques. La mécanique était simple, presque mathématique elle-même.
On supprime la contrainte.
On affaiblit le niveau.
On réduit le vivier.
On fabrique la pénurie.
Tout le monde connaissait la suite.
L’industrie regarde venir la pénurie
Safran, Airbus, le nucléaire, l’aéronautique, l’énergie, la défense : ces secteurs ne tournent pas avec des slogans, mais avec des ingénieurs, des techniciens, des cerveaux formés à la rigueur.
Quand le patron d’un groupe industriel explique que la France risque de manquer d’ingénieurs, il ne fait pas de la philosophie. Il parle de chaînes de production, de compétitivité, de souveraineté, de dépendance future.
Sans mathématiques solides, pas d’industrie forte.
Sans industrie forte, pas de puissance économique.
Sans puissance économique, pas d’indépendance politique.
La grande illusion de l’égalité par le bas
L’argument était séduisant : éviter l’élitisme, rendre l’école plus inclusive, ne laisser personne sur le bord du chemin.
Résultat : tout le monde descend.
À force de refuser la sélection, on a installé une sélection plus cruelle encore : celle du marché mondial, où la France affronte des pays qui, eux, n’ont jamais cessé de former durement leurs ingénieurs.
La réalité se charge toujours de corriger les illusions pédagogiques.
Les premières victimes : les femmes
Ironie supplémentaire : la réforme qui prétendait ouvrir davantage l’école a réduit le nombre de jeunes filles dans les filières scientifiques.
Quand une matière devient optionnelle, elle disparaît d’abord des trajectoires fragiles, puis des ambitions, puis des vocations.
Ce qui devait élargir les choix les referme.
Un pays qui renonce à former son élite technique
La France s’est longtemps enorgueillie de ses grandes écoles, de ses ingénieurs, de ses mathématiciens, de ses bâtisseurs de ponts, d’avions et de centrales.
Aujourd’hui, elle débat pour savoir si deux heures de maths par semaine ne seraient pas déjà trop exigeantes.
Le déclassement ne commence jamais par une catastrophe visible. Il débute toujours par des décisions confortables, progressives, rassurantes, prises « pour le bien des élèves ».
La facture arrive toujours
On peut retarder l’addition.
On ne l’annule jamais.
Moins d’ingénieurs signifie moins d’usines, moins d’innovations, moins d’emplois qualifiés, plus de dépendance étrangère, plus d’importations stratégiques, moins de marges de manœuvre politiques.
Ce n’est pas une opinion. C’est une équation.
On vous avait prévenus
Professeurs, industriels, chercheurs, recteurs, économistes l’ont répété. On les a traités de conservateurs, de passéistes, de défenseurs d’un système « trop dur ».
Aujourd’hui, les mêmes découvrent le résultat.
Et demain, on expliquera que la crise est tombée du ciel.
La France n’a pas perdu son niveau en mathématiques par accident : elle l’a abandonné méthodiquement, réforme après réforme, au nom d’une vision éducative qui confond confort immédiat et avenir collectif.
Et ce qui s’effondre en ce moment dans les salles de classe se paiera pendant des décennies dans les usines, les laboratoires et les bilans économiques.
Une bombe à retardement ne fait pas de bruit quand on l’installe, seulement quand elle explose.
