Alors que le système des retraites par répartition français est confronté à un déséquilibre démographique structurel – baisse de la natalité, allongement de l’espérance de vie et immigration souvent non qualifiée qui ne compense pas les contributions –, Marine Le Pen a clarifié dimanche 14 juin sa position lors de l’émission Dimanche en politique sur France 3. La présidente du Rassemblement National s’est dite favorable à l’introduction d’une part de capitalisation volontaire pour ceux qui le souhaitent et le peuvent, sans remettre en cause la solidarité nationale ni l’âge légal de départ.
« Je pense qu’il faut évidemment proposer aux Français les moyens pour qu’ils puissent se constituer une retraite complémentaire par capitalisation », a déclaré Marine Le Pen. Elle insiste cependant sur une priorité : « Protéger les retraites de ceux qui n’ont pas les moyens de mettre en œuvre cette capitalisation volontaire ». Une position qui vise à répondre aux inquiétudes des classes populaires et moyennes tout en introduisant une dose de responsabilité individuelle.
Un fonds d’investissement au service des Français
La présidente du groupe RN à l’assemblée nationale a rappelé que son parti avait été pionnier en 2022 en proposant un fonds d’investissement dans l’avenir de la France. Ce véhicule pourrait inclure une branche dédiée à la capitalisation retraite, permettant aux Français qui en ont la capacité d’épargner pour améliorer leur pension future. Cette mesure s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté économique : investir dans l’économie réelle française plutôt que de dépendre uniquement des cotisations des actifs du moment.
Cette approche hybride (répartition + capitalisation volontaire) n’est pas une rupture brutale avec le modèle français, mais une adaptation pragmatique face à la réalité démographique. Comme le soulignent de nombreux experts, le ratio cotisants/retraités continue de se dégrader. Sans réforme courageuse, les générations futures – déjà pénalisées par la dette publique et le chômage structurel – risquent de payer une facture insoutenable.
Pas de contradiction avec Jordan Bardella
Marine Le Pen a fermement réfuté toute divergence avec Jordan Bardella sur ce dossier. Le président du RN avait récemment insisté sur le fait que « l’âge légal ne veut rien dire » et que la durée de cotisation était primordiale. Le Pen a confirmé que la réforme du RN conserverait un âge légal tout en intégrant pleinement le critère des annuités :
« Il y aura bien sûr toujours un âge légal de départ à la retraite […] mais il y en a un autre qui est fondamental : le nombre d’annuités cotisées. Ce sont ces deux critères, qui ne peuvent pas s’exclure l’un l’autre. »
Concrètement, le RN propose que ceux entrés tôt sur le marché du travail (avant 20 ans) puissent partir avec 40 annuités à 60 ans, avec une progressivité selon l’âge d’entrée. Des incitations sont également étudiées pour retarder le départ : cumul emploi-retraite facilité et avantages fiscaux.
Cette clarification intervient dans un contexte de débats internes et de spéculations médiatiques autour de la candidature de 2027, alors que Marine Le Pen attend son jugement en appel dans moins d’un mois.
Un système par répartition condamné sans adaptation
Les commentateurs anonymes sur Le Figaro ont raison sur un point : le système actuel est structurellement menacé par l’effondrement de la natalité française et européenne. Demander aux enfants des générations futures de financer les retraites de ceux qui ont choisi de ne pas en avoir pose un problème de justice intergénérationnelle évident.
La capitalisation volontaire n’est pas une privatisation sauvage (comme parfois caricaturée à gauche), mais un outil complémentaire déjà existant via le PER, l’assurance-vie ou le PEA. Le RN le rend plus accessible et l’intègre dans une vision nationale, plutôt que de laisser les seuls ménages aisés en profiter via des dispositifs complexes.
Dans un pays où l’immigration de masse pèse sur les comptes sociaux sans compenser suffisamment les déficits, une politique de remigration et de natalité familiale reste indispensable pour sauver durablement la répartition. La capitalisation volontaire apparaît comme une sécurité supplémentaire, un filet individuel dans un système collectif fragilisé.
Le RN continue de construire son programme présidentiel sur des bases réalistes : souveraineté, protection des Français d’abord, et adaptation aux réalités démographiques et économiques. Marine Le Pen et Jordan Bardella semblent alignés sur l’essentiel, malgré les tentatives de division médiatiques.
Les Français, confrontés à la précarité des pensions et à l’insécurité économique, jugeront en 2027 si cette voie hybride est la bonne. Une chose est certaine : ignorer plus longtemps le problème démographique reviendrait à condamner les générations futures.
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