Marie Derain de Vaucresson a qualifié mardi de « rendez‑vous raté » le choix du pape Léon XIV de rencontrer sept victimes de violences sexuelles dans l’Église plutôt que des collectifs, à trois jours d’une visite très attendue.
La présidente sortante de l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr) s’exprimait lors d’une conférence de presse de bilan. « Le format interindividuel, je le comprends, car pour échanger vraiment, il faut être un petit nombre », a‑t‑elle affirmé. Elle a toutefois estimé qu’« on aurait pu imaginer une parole portée par un petit nombre, mais construite avec un nombre beaucoup plus important », par exemple lors d’« un temps d’échange d’une journée entière, avec 250 ou 300 personnes » à Lourdes.
Une rencontre entre victimes et évêques y avait été organisée pendant deux jours en avril 2025. Mme Derain a souligné la « maturité » existant en France sur le sujet et jugé « possible » de travailler avec des collectifs. « Et c’est, je crois, dommage d’avoir raté ce rendez‑vous », a‑t‑elle déclaré.
L’Inirr ne rencontrera pas non plus Léon XIV. Si elle avait été conviée, la présidente sortante aurait mis en avant « le petit temps d’avance » de la France, avec des instances de reconnaissance créées en 2021 par l’épiscopat après un rapport estimant à 330 000 le nombre de victimes dans l’Église depuis 1950. Cette expérience « devrait inciter le Vatican à porter haut et fort la volonté de continuer à faire la vérité » sur cette réalité, et à « inciter les conférences nationales des différents pays à s’engager résolument », a‑t‑elle affirmé.
Depuis le 1er septembre, l’Inirr est remplacée par l’Iniave (Instance nationale indépendante d’accompagnement des victimes dans l’Église). L’Inirr a été saisie par 1 969 personnes depuis 2021 et a rendu 1 184 décisions. Un tiers des victimes sont des femmes. L’âge moyen des personnes saisissant l’instance a baissé à 56 ans en 2025, contre 64 en 2022. Les réparations financières atteignaient 36 739 euros en moyenne en 2025.
L’instance n’accepte plus de dossiers depuis fin août, période marquée par un afflux de saisines. Il reste 200 personnes à accompagner jusqu’au 31 décembre 2027, a‑t‑elle indiqué. Sur la nouvelle structure, critiquée par des collectifs de victimes lors de sa présentation au printemps, elle a estimé que « les évêques ont bougé ». « Nous sommes tout à fait partants pour transmettre notre savoir‑faire » aux dirigeants de l’Iniave, a‑t‑elle assuré, en prévenant que ce ne serait pas « à n’importe quelles conditions ». La question de l’indépendance est selon elle « absolument déterminante ».


