Manon Aubry traite les actionnaires de « nuisibles » : la haine de classe plutôt que la fierté des petits porteurs

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La France est vice-championne du monde des dividendes. Au deuxième trimestre 2026, les grandes entreprises cotées ont versé 70,4 milliards de dollars, soit 61 milliards d’euros, à leurs actionnaires. Derrière les États-Unis seulement, devant l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Un succès industriel et financier que n’importe quel pays normal célébrerait. Manon Aubry, elle, a choisi l’insulte.

Sur X, l’eurodéputée LFI a écrit : « Les actionnaires sont nuisibles. 61 milliards pris du travail de centaines de milliers de salariés qui aujourd’hui peinent à se nourrir et subissent l’envolée du prix de l’essence. » Le mot n’est pas anodin. On l’emploie pour les cafards, les rats, les espèces à éradiquer. En août déjà, la même Aubry qualifiait les milliardaires de « nuisibles » qu’il faudrait « interdire ». Le réflexe est le même : désigner une catégorie d’êtres humains comme un fléau.

Jordan Bardella a rappelé l’essentiel : il y a entre 4,5 et 5 millions d’actionnaires individuels en France, dont environ 3 millions de salariés actionnaires de leur propre entreprise. L’Observatoire Amundi 2026 en recense plus de 2,3 millions rien que dans les sociétés du SBF 120, pour 53 milliards d’euros d’encours. Chez Air Liquide, près d’un million de particuliers détiennent un tiers du capital. Chez Bouygues, Vinci, Eiffage ou TotalEnergies, les salariés sont parmi les premiers actionnaires. Un ouvrier, un cadre, un retraité qui a mis 50, 80 ou 150 euros par mois dans un PEE ou un PEA devient, pour Manon Aubry, un nuisible.

C’est là que la bêtise devient odieuse. Les 61 milliards ne sont pas « pris » sur les salaires. Les salariés sont payés d’abord. La valeur ajoutée des entreprises françaises va très majoritairement aux salaires et aux charges (autour de 65 %). Les dividendes représentent une fraction bien plus faible, versée après impôts, investissements et provisions. Dire le contraire, c’est affirmer que les pommes de terre viennent des carottes.

Le chiffre-refuge d’Aubry — « 1 % des foyers fiscaux déclarent 96 % des dividendes » — est tiré d’un rapport France Stratégie de 2023 sur les données 2021. Il est exact dans son périmètre étroit, et trompeur dès qu’on le sort de ce cadre. Il ne concerne que les dividendes déclarés à l’impôt sur le revenu par des personnes physiques, éligibles au PFU. Il ignore les PEA, l’épargne salariale, les fonds, les assureurs, les investisseurs étrangers (qui détiennent près de la moitié du CAC 40) et une partie des montages des très grandes fortunes. Dans ces 400 000 foyers, on trouve aussi le boulanger, le coiffeur ou le dirigeant de PME qui se verse un dividende plutôt qu’un salaire. La moyenne de ces foyers n’est pas celle d’un oligarque : autour de 80 000 euros. Présenter cela comme la preuve que « les actionnaires » sont une caste de vampires, c’est de la propagande, pas de l’économie.

Les entreprises citées par Janus Henderson — Sanofi, dopé par le Dupixent, le secteur financier, même le versement exceptionnel de Bolloré — ont d’abord créé de la richesse, employé, investi, payé l’impôt. Un dividende n’est pas un vol. C’est la rémunération de ceux qui ont accepté le risque, y compris le salarié qui a choisi d’acheter des actions de sa boîte plutôt que de tout consommer. C’est aussi ce qui attire le capital étranger et permet aux retraites par capitalisation, aux assurances-vie et aux fonds d’exister.

Manon Aubry ne voit rien de tout cela. Elle voit une masse à taxer, à confisquer, à dénoncer. Le mot « nuisible » n’est pas un écart de langage. C’est une vision du monde : ceux qui possèdent un titre, même petit, même salarial, sont l’ennemi. Après les milliardaires, les actionnaires. Demain, qui ? Les propriétaires, les indépendants, quiconque a réussi à mettre de côté ?

La France peut être fière que ses entreprises soient parmi les plus généreuses du monde avec ceux qui les financent. Des millions de Français modestes en bénéficient, souvent sans le crier. LFI, elle, préfère la haine de classe au capitalisme populaire. C’est sa bêtise. Et c’est son projet.

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