Manifestations en Iran : 33.130 morts recensés par des médecins, selon un nouveau décompte officieux

Manifestants exhibant le drapeau du Royaume d'Iran

Depuis le début du mois de janvier 2026, l’Iran connaît l’un des épisodes de violence politique les plus graves de son histoire récente. Les manifestations déclenchées dans plusieurs grandes villes, notamment à Téhéran, Machhad et Ispahan, ont été réprimées par les forces de sécurité avec une brutalité décrite comme « sans précédent » par plusieurs observateurs indépendants.

Les autorités iraniennes n’ont publié aucun bilan global détaillé. Les chiffres officiels disponibles restent très inférieurs aux estimations issues de sources médicales et humanitaires, ce qui alimente les soupçons d’une dissimulation systématique de l’ampleur réelle des pertes humaines.

Un bilan officieux supérieur à 33 000 morts

Selon le docteur Amir-Mobarez Parasta, chirurgien ophtalmologue irano-allemand installé à Munich et en contact direct avec des médecins restés en Iran, au moins 33.130 décès ont pu être confirmés à ce stade.


Ce chiffre repose sur la compilation de données provenant de cinq centres spécialisés en ophtalmologie et de seize services d’urgence hospitaliers répartis dans différentes régions du pays. Il ne prend pas en compte les corps conservés dans certaines morgues, les enterrements réalisés sans déclaration officielle, ni les victimes dont les familles n’ont pas osé signaler la mort par crainte de représailles.

Deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé auraient, de leur côté, évoqué auprès du magazine Time un bilan officieux dépassant également les 30.000 morts, confirmant indirectement l’ordre de grandeur avancé par les réseaux médicaux clandestins.

Des armes de guerre utilisées contre les manifestants

Les témoignages recueillis décrivent l’usage massif d’armes létales contre des civils non armés. Les médecins rapportent :

  • de nombreuses blessures par balles réelles,
  • des impacts de projectiles métalliques tirés par fusils à pompe,
  • des lésions graves causées par des tirs à courte distance,
  • une concentration inhabituelle de blessures au visage et au haut du corps.

Les journées des 8 et 9 janvier 2026 sont régulièrement citées comme ayant atteint un niveau de violence particulièrement élevé, avec des tirs nourris sur des rassemblements urbains.

Le ciblage délibéré des yeux

Parmi les blessés recensés – environ 97.645 personnes selon les données médicales compilées – près de 30 % souffriraient de traumatismes oculaires, soit plus de 29.000 cas.

À Téhéran, l’hôpital spécialisé Noor Eye Hospital aurait à lui seul enregistré 7.000 blessures aux yeux. Les médecins soulignent que ces atteintes ne relèvent pas du hasard : le schéma observé suggère un ciblage intentionnel visant à provoquer des handicaps permanents.

Des chirurgiens ayant déjà traité des victimes de la répression de 2022 indiquent que cette méthode s’inscrit dans une pratique répétée des forces de sécurité iraniennes, destinée à terroriser durablement la population.

Des soins entravés par les autorités

Le fonctionnement du système de santé est gravement perturbé. Plusieurs hôpitaux font état :

  • d’une présence sécuritaire renforcée dans les établissements,
  • de pressions exercées sur le personnel pour modifier les certificats médicaux,
  • de contrôles des admissions de blessés,
  • de menaces directes contre les médecins et infirmiers.

Certains praticiens déclarent devoir trier les patients faute de moyens suffisants et donner parfois leur propre sang pour effectuer des transfusions.

Dans plusieurs régions, des blessés évitent délibérément l’hôpital, redoutant d’y être arrêtés ou identifiés.

Les prisons privées de soins

La situation sanitaire est également alarmante dans les centres de détention. Des messages transmis par une journaliste iranienne restée anonyme évoquent la prison de Fashafouyeh, au sud de Téhéran, où :

  • les cellules seraient surpeuplées,
  • une proportion importante de détenus présenterait des blessures non soignées,
  • l’infirmerie aurait été fermée durant plusieurs jours,
  • des détenus seraient morts faute de médicaments et de soins de base.

Ces informations, impossibles à vérifier de manière indépendante en raison du contrôle strict des autorités, recoupent toutefois d’autres témoignages concordants.

Le rôle crucial des réseaux médicaux clandestins

Pour contourner la censure et le contrôle des communications, certains médecins utilisent des connexions satellitaires, notamment via le réseau Starlink, afin de transmettre données, photographies médicales et statistiques vers l’étranger.

Ces réseaux permettent également de coordonner l’évacuation discrète de blessés graves et de constituer des bases de données destinées à documenter d’éventuels crimes devant des juridictions internationales.

Appels à une réaction internationale

Plusieurs professionnels de santé iraniens en exil appellent à :

  • la mise en place de sanctions ciblées contre les responsables impliqués,
  • la protection internationale des établissements hospitaliers,
  • l’envoi d’observateurs indépendants,
  • l’organisation de filières humanitaires pour les blessés les plus graves,
  • le soutien technique à la documentation médico-légale des violences.

Ces demandes restent pour l’instant sans réponse coordonnée de grande ampleur au niveau international.

Une seule certitude demeure : derrière les chiffres encore incomplets se dessine l’une des répressions les plus meurtrières qu’ait connues l’Iran contemporain.

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