Liberté d’informer sous surveillance : un site belge sanctionné pour avoir publié un discours de J.D. Vance

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La décision a de quoi surprendre. En Belgique, un média en ligne a été épinglé par une instance de déontologie pour avoir… publié l’intégralité d’un discours prononcé par le vice-président américain J.D. Vance. Une affaire qui pose une question simple mais fondamentale : depuis quand le fait de donner accès à une source primaire est-il considéré comme un manquement journalistique ?

Une publication jugée problématique par le Conseil de déontologie

L’affaire remonte au discours prononcé le 14 février 2025 par J.D. Vance lors de la conférence de Munich sur la sécurité. Ce jour-là, le vice-président des États-Unis avait livré une intervention particulièrement critique à l’égard de l’Europe, notamment sur les questions migratoires et démocratiques.

Comme de nombreux médias, le site belge 21News décide alors de publier le texte du discours dans son intégralité. Une pratique parfaitement courante dans la presse : il s’agit simplement de mettre à disposition des lecteurs un document brut, afin qu’ils puissent juger par eux-mêmes du contenu des propos.

Mais douze mois plus tard, le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) belge estime que cette publication pose problème. Selon l’instance, le média n’aurait pas suffisamment « contextualisé » les propos du vice-président américain. Le CDJ évoque même le risque que ces déclarations puissent rendre le public « hostile au fonctionnement des démocraties européennes » ou encourager des attitudes discriminatoires envers les migrants.

Une plainte anonyme à l’origine de la procédure

L’intervention du CDJ fait suite à une plainte déposée anonymement par deux personnes. Selon le compte rendu de la procédure, ces plaignants considéraient que l’article constituait « une tribune en direct de l’extrême droite ».

Ils reprochaient également au média une « confusion entre faits et opinion », aggravée par l’absence d’analyse critique accompagnant le discours. Autrement dit : publier un texte politique sans le commenter ni le contester serait en soi un problème.

Pour les plaignants, cette publication romprait même avec ce qu’ils qualifient de « cordon sanitaire médiatique ».

Le « cordon sanitaire médiatique », une règle implicite

Ce concept, bien connu dans la sphère médiatique belge francophone, remonte aux années 1990. Il consiste, dans certains milieux journalistiques, à limiter ou encadrer strictement la diffusion directe de la parole de personnalités considérées comme appartenant à l’extrême droite ou porteuses de discours jugés problématiques.

Selon François Heinderyckx, professeur de sociologie des médias à l’Université libre de Bruxelles, cette pratique ne constituerait pas une censure à proprement parler. Les propos peuvent être cités ou relayés, mais uniquement à condition d’être accompagnés d’un travail d’analyse et de mise en perspective.

Dans cette logique, diffuser un discours brut, sans filtre éditorial, serait considéré comme une entorse aux règles informelles de ce dispositif.

L’incompréhension du média sanctionné

Du côté de 21News, la décision suscite une véritable stupéfaction. Son directeur et fondateur, Étienne Dujardin, rappelle que la publication d’un discours officiel relève du travail journalistique le plus classique.

Selon lui, il s’agit avant tout d’un service rendu aux lecteurs : leur permettre d’accéder directement aux sources plutôt que de dépendre d’extraits sélectionnés ou interprétés.

Le média souligne d’ailleurs que son article comportait une introduction rappelant le caractère marquant de l’intervention de J.D. Vance et son importance dans le débat transatlantique.

Pour Étienne Dujardin, l’idée même qu’un média puisse être blâmé pour avoir reproduit un discours d’un vice-président américain soulève une question de principe : jusqu’où ira la logique de filtrage ?

Une décision qui interroge sur la liberté d’informer

Certes, le Conseil de déontologie journalistique ne dispose pas de pouvoir de sanction financière. Ses avis sont essentiellement symboliques et n’entraînent pas de conséquences juridiques directes.

Mais la portée symbolique, justement, est loin d’être anodine. Dans les faits, une telle décision peut exercer une pression implicite sur les rédactions.

Car le message envoyé est clair : publier certains propos sans les accompagner d’un commentaire critique pourrait être considéré comme une faute.

Pour beaucoup d’observateurs, cette logique pose un problème simple : si les journalistes ne peuvent plus publier un discours officiel sans le filtrer, comment le public peut-il encore accéder aux sources brutes ?

Le paradoxe d’un débat sur la liberté d’expression

Ironie de l’histoire : le discours de Munich dans lequel J.D. Vance critiquait justement ce qu’il percevait comme un recul de la liberté d’expression en Europe se retrouve aujourd’hui au cœur d’une polémique… précisément liée à la diffusion de ses propos.

Le paradoxe est difficile à ignorer. En voulant encadrer la manière dont un discours doit être relayé, certains semblent confirmer, malgré eux, les inquiétudes qu’il exprimait.

Reste une interrogation de fond : dans une démocratie, la presse doit-elle protéger le public de certains discours — ou lui permettre d’y accéder pour se faire sa propre opinion ?

La réponse, pourtant, semblait jusqu’ici aller de soi.

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