Après quarante ans de détention, la justice française a décidé de relâcher Georges Ibrahim Abdallah. Ce nom dit peu de choses à une génération biberonnée à TikTok et à la mémoire courte. Et pourtant : ce Libanais marxiste et propalestinien avait été condamné pour complicité dans l’assassinat d’un diplomate américain et d’un diplomate israélien. Un terroriste, donc. Un vrai. Pas un militant lycéen en gilet rouge, mais un homme formé aux méthodes violentes, au sein d’une nébuleuse armée qui se réclamait de la lutte contre « l’impérialisme occidental ».
Il sera libre le 25 juillet. Non pas parce qu’il a payé sa dette – il est libérable depuis 1999 –, mais parce qu’à force d’acharnement procédural et de soumission diplomatique, l’État français a fini par céder. À 74 ans, dit-on, il ne représenterait plus une menace. La belle affaire. Les morts de 1982, eux, n’ont pas vieilli.
Une défaite morale pour la France
Qu’un homme comme Georges Abdallah ait été condamné, c’est justice. Qu’il ait été incarcéré pendant quarante ans, c’est normal. Qu’il soit libéré dans une sorte d’arrangement politique entre Paris, Beyrouth et les soutiens de la cause palestinienne, voilà ce qui scandalise. Car ce n’est pas un procès de droit qui vient de s’achever, mais un marchandage de coulisses, où l’on troque un symbole contre quelques mots d’ordre apaisants.
Que cette libération intervienne dans un contexte où la diplomatie française s’enlise, où la République tente désespérément de ménager tous les camps, où l’État peine à rétablir l’ordre chez lui, ajoute encore à la honte. Ce n’est pas une décision judiciaire : c’est une reddition diplomatique.
Le Liban, terre d’accueil des « résistants »
Le Liban, bien entendu, se réjouit. Depuis des années, Beyrouth demandait son retour. Georges Abdallah sera accueilli comme un héros. Des comités de soutien pourraient se reformer. On parlera de lui dans les universités. Il deviendra une figure : celle de la résistance à l’Occident, celle de la légitimité des violences politiques, celle d’un combat anti-israélien jamais clos. Bref, un exemple.
Le silence des victimes
On s’émeut de la vieillesse du détenu, on invoque sa non-dangerosité. Mais on oublie les familles des diplomates assassinés. On ne leur a rien demandé. On n’a pas mesuré l’humiliation que cette décision représente pour tous ceux qui croyaient encore à une certaine fermeté morale. Le signal envoyé est clair : quarante ans suffisent, même pour les crimes les plus graves.
Vers une jurisprudence Abdallah ?
Demain, pourquoi pas Salah Abdeslam, au nom de son bon comportement ? Ou tel autre islamiste, jugé « apaisé » par des « experts » psychiatres bienveillants ? Il suffit d’attendre. La prison n’est plus la fin logique du crime, mais une étape administrative, révisable à l’infini. La peine n’est plus proportionnée au mal, mais au climat social.
Georges Abdallah quittera donc la France dans un avion, direction Beyrouth. Il ne reviendra pas. Mais son ombre, elle, flottera longtemps au-dessus d’une République incapable d’assumer ses choix. Car derrière ce nom, il y a un précédent. Et derrière ce précédent, une nouvelle preuve que l’État ne tient plus debout que par intermittence.
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