Donald Trump est venu, il a parlé deux heures, il est reparti, et l’Europe est restée avec ses indignations polies et ses communiqués intérieurs. À Davos, le président américain n’a pas seulement déroulé son numéro habituel : il a rappelé, sans détour inutile, qui commande et qui écoute.
Dans les couloirs feutrés du Forum économique mondial, les dirigeants européens ont cru reconnaître une brutalité déplacée. Certains ont parlé d’arrogance, d’autres de provocation. Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, a lâché la formule qui résume l’ambiance : « Les Européens ont fait la queue pour se faire gifler par Trump. » Tout est dit, ou presque.
Le show Trump, symptôme plus que cause
Trump n’a rien inventé à Davos. Il a raillé, menacé à demi-mot, rappelé la puissance américaine, évoqué le Groenland comme un promoteur immobilier évoque un terrain constructible. Le ton est connu, la méthode aussi. Ce qui frappe, ce n’est pas sa brutalité, mais la passivité de ceux qui l’écoutent.
Dans la salle, on grimace, on soupire, on lève les yeux au ciel. Après le discours, on confie aux journalistes que « c’était excessif », que « l’Europe mérite mieux ». Mais sur le fond, rien ne bouge. Ni stratégie commune, ni parole forte, ni ligne claire.
Trump parle en patron. L’Europe réagit en conseil d’administration sans pouvoir.
Une indignation sans conséquence
Les témoignages recueillis à Davos disent tous la même chose : gêne, irritation, parfois colère. Des patrons européens parlent d’hostilité « viscérale » envers le Vieux Continent. D’autres évoquent un mépris à peine voilé.
Puis vient l’étape suivante, immuable : on rentre dans le rang. On explique qu’il faut « dialoguer », « rester proches des États-Unis », « comprendre leurs préoccupations légitimes ». Traduction : ne surtout pas risquer le conflit, même verbal.
Cette indignation sans conséquence est devenue une spécialité européenne. On proteste beaucoup, on agit peu.
Le déclassement mis en scène
À Davos, Trump n’a pas seulement parlé d’économie ou de géopolitique. Il a donné à voir une hiérarchie. D’un côté, une puissance sûre d’elle, brutale parfois, mais cohérente dans la défense de ses intérêts. De l’autre, un ensemble de pays prospères mais divisés, prudents jusqu’à l’effacement, incapables de transformer leur poids économique en autorité politique.
Quand Trump menace, on redoute. Quand il ironise, on s’offusque. Quand il impose, on négocie à la marge. L’Europe n’est plus crainte, elle est gérée.
Même les critiques américaines contre Trump, comme celles du gouverneur Gavin Newsom, ne changent rien à cette réalité : le centre de gravité reste à Washington, pas à Bruxelles.
Davos comme miroir cruel
Le Forum économique mondial se veut le temple du dialogue global. Il agit souvent comme un révélateur. Cette année, il a mis en lumière une vérité inconfortable : l’Europe ne pèse plus par sa volonté, seulement par ses marchés et ses chèques.
Trump peut se permettre d’être outrancier parce qu’il sait qu’en face, personne n’osera transformer l’indignation en rapport de force réel.
À Davos, l’Europe n’a pas été insultée : elle s’est contentée d’accepter sa place.

