L’Europe actuelle à Vingt-Sept a atteint ses limites. Gabriel Attal l’a dit à Reims, le visage grave, comme s’il venait de découvrir une vérité interdite. Et sa conclusion, imparable, c’est qu’il faut en faire davantage.
Pas un peu plus. Les États-Unis d’Europe. Fusion économique et écologique. Disparition totale des frontières économiques. Convergence de tous les impôts et taxes. Droit du travail commun. Géants bancaires et télécoms. Dette commune. Le tout « en très peu de temps », après « le premier référendum européen » organisé simultanément dans les pays du noyau dur.
On résume : le machin à 27 n’arrive plus à avancer, les États se font concurrence, les circuits de financement sont fragmentés, les États-Unis et la Chine nous marchent dessus. Donc on fusionne. On aligne. On mutualise. On crée un étage supplémentaire. Moins ça marche, plus ils en veulent. C’est la doctrine.
Attal précise, rassurant, que ce n’est « évidemment pas la création d’un pays unique ». Les compétences régaliennes resteraient aux États. On garde la police, l’armée et le drapeau. On cède juste l’impôt, le Code du travail, le crédit, les télécoms et la capacité à s’endetter ensemble. Un détail.
Il rend hommage à Victor Hugo. C’est toujours plus chic que de citer le rapport Draghi, celui qui explique depuis deux ans que l’excès de normes européennes est en train d’achever l’industrie. Hugo rêvait d’une Europe des peuples. Attal propose une Europe des taux, des directives et des émissions communes. Même mot, autre siècle, autre facture.
Le diagnostic n’est pas faux. L’Europe à 27 est lente, divisée, sur-réglementée, incapable de produire de l’énergie au prix américain, de fabriquer des puces au rythme asiatique, de contrôler ses frontières ou d’aligner une politique industrielle qui ne soit pas un catalogue d’interdictions. Elle a vingt-sept budgets, vingt-sept fiscalités, vingt-sept manières de se tirer dans les pattes. Tout ça est vrai.
La solution Attal, elle, est d’un comique supérieur. Puisque les États membres se concurrencent, on interdit la concurrence. Puisque les financements sont fragmentés, on crée une dette à tous. Puisque ça n’avance pas à 27, on invente un noyau dur qui avancera… jusqu’au prochain blocage, qu’on résoudra par une fusion encore plus serrée. La méthode n’a jamais varié : l’échec justifie l’élargissement des compétences. Le malade va mal, augmentons la dose.
On connaît la chanson. Marché unique, puis monnaie unique, puis plan de relance, puis Green Deal, puis règles budgétaires qu’on suspend dès que ça coince, puis « souveraineté européenne » qui consiste à demander l’autorisation de Bruxelles pour aider une usine. À chaque étape, on promettait que cette fois ce serait la bonne. À chaque étape, on a ajouté une couche. Le résultat est sous nos yeux : désindustrialisation, agriculteurs dans la rue, dépendance énergétique, normes qui tuent plus vite que la concurrence chinoise.
Attal dit qu’il n’y a que deux choix : le « vieux cauchemar du Frexit » ou son rêve neuf. C’est le classicisme du piège. Soit vous voulez tout casser, soit vous signez pour la version définitive. L’idée qu’on puisse garder un marché, des coopérations ciblées, et rendre aux nations ce que Bruxelles a confisqué sans résultat, ça n’existe pas. Trop simple. Trop français. Pas assez « projet d’une génération ».
Il s’inscrit dans les pas de Macron, qu’il salue. C’est cohérent. Dix ans de macronisme ont produit la dette, la dissolution, l’impuissance industrielle et une Commission qui réglementait pendant que les autres produisaient. Attal en déduit qu’il faut aller plus loin dans la même direction. Moins ça marche, plus ils en veulent. On n’arrête pas un rêve atteignable pour un détail comme le réel.
Le 29 septembre, un tribunal belge examinera la sortie anticipée d’un logisticien du 13-Novembre. Le même jour, à peu près, on pourra méditer Attal : l’Europe des droits, des normes et de la fusion est si performante qu’elle n’arrive ni à retenir un condamné ni à fabriquer une batterie. Qu’à cela ne tienne. Référendum simultané, convergence fiscale, dette commune. Cette fois, ça va marcher. C’est promis. Comme les fois d’avant.
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