L’Espagne progressiste et l’art d’être « contre » sans rien risquer

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Tout est allé très vite : à Washington, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, affirme que « l’Espagne a accepté de coopérer militairement » avec les États-Unis « ces dernières heures ». 

À Madrid, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, dégaine la formule qui évite les migraines : « Je démens catégoriquement tout changement« , et assure que la position espagnole reste « absolument inchangée », notamment sur l’usage des bases partagées. 

L’Espagne gauchiste : l’indignation comme politique étrangère

Le plus drôle, dans cette affaire, c’est la chorégraphie : d’un côté, l’Espagne se campe en conscience morale de l’Europe, dénonçant l’escalade et se drapant dans le registre du « nous ne participerons pas ». De l’autre, elle se retrouve au cœur d’un bras de fer très matériel : les bases, les couloirs aériens, la logistique, bref tout ce qui compte quand on parle d’opérations militaires. 

On comprend la tentation : dans certains gouvernements, être « contre la guerre » est devenu une posture de communication, plus qu’une doctrine cohérente. On pose, on sermonne, on tweete intérieurement… puis on s’étonne que le réel ne se plie pas au communiqué.

« Nos bases ne serviront pas »

Albares rappelle que l’Espagne n’autorisera pas l’utilisation des bases situées notamment à Rota et Morón de la Frontera pour frapper l’Iran, en insistant sur la souveraineté espagnole sur ces installations. 

Sauf qu’à ce stade, ce n’est pas un concours d’éloquence : c’est une dispute entre alliés, sur fond de crise au Moyen-Orient, où Washington parle comme si l’accord existait déjà — et Madrid répond comme si un « démenti catégorique » suffisait à effacer la phrase précédente. 

Le détail qui pique : quand Washington agite le commerce comme une matraque

L’épisode est aussi présenté, côté américain, comme la conséquence d’une pression directe : selon plusieurs récits de presse, Donald Trump aurait menacé l’Espagne de mesures commerciales (jusqu’à évoquer un arrêt des échanges) en lien avec ce dossier. 

Et là, l’Espagne progressiste révèle sa spécialité : la bravoure à coût nul. Tant qu’il s’agit de grands principes, c’est « jamais ». Dès que la sanction devient chiffrée, tout le monde se met à parler de « coordination », de « nuances », de « cadre », de « souveraineté » — le dictionnaire complet des reculades dignes.

Le gag final : deux capitales, une seule réalité

Le plus savoureux, c’est l’image : Washington annonce la coopération, Madrid la nie, et pendant ce temps les alliés comptent les avions, les trajectoires et les autorisations comme on compte les jetons à la fin d’une partie. 

Au fond, ce n’est pas un choc de valeurs : c’est le petit théâtre d’un gouvernement qui veut le prestige de l’anti-militarisme sans payer le prix stratégique — et qui découvre, l’air surpris, que la géopolitique ne s’écrit pas sur X.

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