Les salariés français sont mieux considérés par l’étranger que par leur pays

Photo : Towfiqu Barbhuiya

La nouvelle est passée presque sans bruit, comme si elle allait de soi. En 2026, les salariés français employés par des groupes étrangers seront mieux augmentés que ceux travaillant pour des entreprises françaises. Non pas parce qu’ils seraient plus performants, plus mobiles ou plus stratégiques, mais parce que leurs employeurs, eux, n’évoluent pas dans le même climat de peur.

Une France prudente jusqu’à l’immobilisme

Selon l’enquête annuelle du cabinet WTW, l’augmentation salariale médiane prévue en France atteint 3,1 %. Un chiffre déjà modeste, qui masque une réalité plus crue : les entreprises françaises plafonnent autour de 2 %, tandis que les filiales de groupes étrangers maintiennent des politiques plus généreuses.

Ce différentiel n’a rien d’anecdotique. Il traduit une économie nationale tétanisée, où l’on gère la masse salariale non plus comme un levier de développement, mais comme un risque à contenir.

Le poids de l’instabilité politique

Les dirigeants d’entreprises en France vivent depuis des années dans l’incertitude permanente : fiscalité mouvante, normes changeantes, menaces réglementaires, débats budgétaires sans fin. À cela s’ajoute un discours politique oscillant entre injonctions à l’attractivité et soupçon permanent envers l’entreprise.

Même lorsque le chef de l’État, Emmanuel Macron, appelle à réduire « l’imprévisibilité », les faits contredisent les mots. Les entreprises françaises savent que toute amélioration conjoncturelle peut être rapidement reprise d’une main par l’État.

Des salaires compensés par des à-côtés

Pour se justifier, les groupes français mettent en avant les avantages non salariaux : mutuelles, formations, conditions de travail, dispositifs périphériques. Tout cela existe, bien sûr. Mais aucun salarié ne paie son loyer ou ses courses avec une promesse de bien-être au travail.

Cette stratégie révèle surtout une gêne profonde : celle de ne plus pouvoir rémunérer correctement le travail sans craindre le lendemain.

Les groupes étrangers, plus rationnels

À l’inverse, les groupes internationaux appliquent une logique claire : attirer, retenir, récompenser. Ils ciblent les compétences, différencient les performances, investissent là où la valeur est créée. Sans affect, sans discours moral, sans culpabilité.

Ils savent que le salaire reste un outil central de fidélisation. Une évidence que la France semble avoir oubliée.

Un déclassement accepté

Le plus troublant reste l’absence de réaction collective. Cette situation ne provoque ni débat national, ni alerte politique majeure. Comme si voir les salariés français mieux traités par des employeurs étrangers était devenu normal, presque rassurant.

La France ne se compare plus, elle s’excuse.

Et pendant que les entreprises étrangères continuent de payer pour attirer les talents, les entreprises françaises apprennent à survivre en expliquant à leurs salariés pourquoi il faut encore attendre.



Le Journal des Francais