Mercredi 30 septembre, la justice française a retenu la qualification de « crime contre l’humanité » pour les rafles de janvier 1943 au Vieux-Port de Marseille.
Olivier Christen, procureur national antiterroriste, s’est rendu dans la cité phocéenne pour exposer le bilan des investigations. L’enquête, ouverte en 2019, n’a abouti à l’identification d’aucun responsable encore en vie.
« À l’issue de l’enquête et d’une analyse juridique menée par mon parquet, la rafle menée à Marseille, dans le quartier Saint-Jean, les 23 et 24 janvier 1943, ainsi que le pillage et la destruction du quartier dès février 1943, caractérisent indubitablement des crimes contre l’humanité », a déclaré le procureur lors d’une conférence de presse.
Ordonnées par l’occupant nazi avec le concours actif de Vichy, ces opérations se sont étendues du 22 au 24 janvier 1943 à plusieurs zones du centre historique, ensuite réduites par dynamitage. Vingt mille habitants se sont retrouvés sans toit ; plusieurs milliers ont connu un internement provisoire à Fréjus (Var) ; 1 600 personnes ont été déportées.
M. Christen a rappelé que les faits demeurent « relativement inconnus de nos concitoyens », alors même qu’il s’agit d’une rafle « d’une ampleur absolument colossale ». Dans des îlots occupés par une population pauvre et immigrée, a-t-il poursuivi, les exactions « visaient les habitants d’un quartier parce que considéré comme des sous-habitants, des sous-populations ».
C’est une plainte de l’avocat marseillais Pascal Luongo, rejointe par 19 survivants ou ayants droit, qui avait conduit l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) à ouvrir ses investigations.
« Cette reconnaissance des crimes contre l’humanité, ça a une valeur de réparation morale », a réagi l’avocat auprès de l’AFP.
Dans le cadre de l’opération baptisée « Sultan », près de 800 Juifs — en particulier ceux du quartier de l’Opéra — ont péri dans les camps d’extermination nazis, sous l’action concertée des autorités allemandes et françaises.


