À Dublin, ce mardi 29 septembre, les ministres de l’Énergie des Vingt-Sept cherchent à harmoniser leur réaction face au renchérissement du gaz et des carburants, à l’approche d’une saison de chauffe qui s’annonce difficile pour les ménages.
Dès son arrivée, Dan Jorgensen, commissaire européen à l’Énergie, a jugé la situation « sérieuse ». Il a chiffré à plus de 100 milliards d’euros le « surcoût énergétique » supporté par l’approvisionnement de l’Union européenne depuis fin février, conséquence de la guerre au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz.
Placée sous la présidence tournante irlandaise, cette rencontre informelle ne devrait pas donner lieu à de grandes annonces. L’enjeu consiste plutôt à rapprocher les positions nationales, en présence de Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Dans un courrier préalable adressé aux capitales, le commissaire a préconisé de freiner la demande de gaz et de réduire l’usage d’électricité aux heures de pointe. Selon Phuc-Vinh Nguyen, expert de l’Institut Jacques-Delors, l’Union compte engager une « sensibilisation avant la saison de chauffe à partir de mi-octobre-début novembre ».
Pour la période, les stocks de gaz demeurent « exceptionnellement bas " : environ 70 % en moyenne dans l’UE, avec 57 % en Allemagne et aux Pays-Bas contre 82 % en France. Dan Jorgensen affirme cependant qu’il n’existe « aucun risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement ». Bruxelles veut aussi empêcher une ruée concurrente vers le remplissage des réserves, susceptible de pousser encore les cours à la hausse.
Côté carburants, le litre de gazole s’est établi la semaine dernière à 2,23 euros dans l’UE, après 1,59 euro fin février. La Commission prône un appui ciblé aux filières les plus touchées et a assoupli le cadre des aides d’État. Les États choisissent des voies distinctes : aides par secteur en France, baisses généralisées de taxes en Roumanie ou au Portugal.
Plafonds annoncés en Espagne
Sara Aagesen, ministre espagnole de la Transition écologique, a fait savoir mardi à Dublin qu’un train de mesures serait approuvé par le Conseil des ministres. Sans action, le tarif réglementé du gaz grimperait de plus de 45 % dès le mois prochain ; la hausse sera bridée à 15 %. La bonbonne de butane verra son prix plafonné à 19,55 euros.
« Si nous ne mettions pas en place ces plafonds, le tarif pour les consommateurs, pour les ménages, augmenterait de plus de 45 % à partir du mois prochain. Nous allons donc limiter cette hausse, ce qui fera que ce tarif, au lieu d’augmenter de 45 ou 49 %, augmentera de 15 % », a-t-elle précisé. Elle a estimé ces dispositions « essentielles pour protéger face à cette situation de vulnérabilité ».
Portée par le renchérissement des carburants, l’inflation espagnole a atteint 4,9 % sur un an en septembre. Dès mars, Madrid avait déjà voté un premier volet de mesures doté de cinq milliards d’euros.
Exportations américaines et loi méthane
Bruxelles mise sur le maintien des expéditions américaines de gazole : Donald Trump, président des États-Unis, a évoqué une interdiction pour soulager les prix sur son marché intérieur, une perspective que l’UE espère écarter. « Il n’est dans l’intérêt de personne, ni des États-Unis ni de l’Union européenne, de restreindre les flux d’énergie dans une période aussi difficile », a insisté Dan Jorgensen mardi.
Emmanuel Macron, président français, a de son côté demandé à Bruxelles de repousser d’un an la loi européenne sur les émissions de méthane, qui doit s’appliquer dès 2027 aux sociétés importatrices d’hydrocarbures. La Commission semble prête à appuyer ce report.
À plus longue échéance, l’exécutif européen met l’accent sur l’électrification des usages : l’électricité devrait représenter 46 % de la consommation finale d’énergie en 2040, contre quelque 23 % aujourd’hui. Pour l’après-2030, le Luxembourg, l’Espagne et le Portugal réclament un objectif contraignant de développement des énergies renouvelables.


