Léon XIV à l’Élysée : laïcité, fin de vie et intelligence artificielle

Devant quelque 500 personnalités issues des milieux diplomatiques, culturels, économiques, politiques et religieux, réunies dans la salle des fêtes du palais de l’Élysée, le pape Léon XIV, premier Américain à diriger l’Église catholique, s’est exprimé en français, moins de deux heures après le début d’une visite de quatre jours en France. Accueilli à Orly par Emmanuel et Brigitte Macron, il s’était auparavant entretenu en tête-à-tête avec le chef de l’État.

« La juste laïcité ne consiste pas à exclure la religion de l’espace public », a-t-il affirmé. Cette « véritable laïcité », a-t-il poursuivi, n’écarte pas la dimension religieuse « mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative ». Il a ajouté que « l’école catholique a toute sa place dans le paysage éducatif d’un pays comme la France ».

Sur le terrain bioéthique, le souverain pontife a fustigé comme des « dérives » susceptibles de « détourner la science et la technologie en entreprises lucratives » l’« offre d’une mort programmée », l’« achat d’organes », la « gestation pour autrui » et les « manipulations génétiques ». « N’oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous », a-t-il insisté. Ces déclarations interviennent alors qu’il y a deux mois les parlementaires français ont définitivement voté le texte instituant un droit à l’« aide à mourir » — texte auquel l’Église catholique s’était opposée, y voyant une « grave rupture anthropologique ».

Thème central des premiers mois de son pontificat, l’intelligence artificielle a également retenu son attention : il a mis en garde contre la perte de « notre humanité au milieu du paradis de machines » qui « envahissent et conditionnent notre quotidien », plaidant pour un « discernement éthique ».

Emmanuel Macron a pour sa part souligné que la laïcité française « n’est nullement la négation de la religion ». « La République se fait un devoir de permettre à chacune et à chacun, en conscience, de penser et d’exprimer son point de vue dans toutes les sphères de son existence, de croire ou de ne pas croire dans l’intimité comme dans la sphère publique, à condition d’en respecter les lois », a-t-il déclaré. Il a aussi condamné la « recrudescence » des « actes commis à l’encontre de personnes ou de biens en raison de leur religion », qui « frappent la religion chrétienne » et dont « les communautés juive et musulmane » sont aussi victimes.

Concernant l’IA, le président a jugé qu’elle « doit être un serviteur et non un maître » et que « la révolution numérique doit entraîner et non enchaîner ». Il a défendu la création d’une « organisation internationale » pour empêcher que les « modèles les plus performants » ne se retrouvent « entre quelques mains qui auraient à décider pour toute l’humanité ».

Léon XIV a salué en la France « une terre aux riches racines chrétiennes », un pays qui « brille comme un phare culturel, artistique et spirituel ». Devant les « bruits de bottes et les crises multiformes dans le monde », il l’a invitée à rester « un artisan infatigable de paix et de multilatéralisme », en particulier « au sein de notre chère Europe ». Il a qualifié d’« erronée » l’idée selon laquelle détenir l’arme nucléaire offrirait une garantie de sécurité.

À sept mois de l’élection présidentielle, il a estimé « urgent » le dialogue entre « des personnes de différentes appartenances culturelles et religieuses ». La France, a-t-il confié, est « très souvent au cœur de [sa] prière », lui qui n’oublie pas ses « origines familiales normandes et béarnaises ».

Le reste de la journée prévoit une veillée au Stade de France à Saint-Denis, des vêpres à Notre-Dame — un pape n’y était pas venu depuis la réouverture de la cathédrale en décembre 2024 —, une déambulation en papamobile dans le centre de Paris et une allocution à l’Unesco. Lourdes puis Metz figurent ensuite au programme du voyage.

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Le Journal des Francais