Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a rendu public lundi 8 juin son rapport annuel, qui dresse un tableau préoccupant de l’équilibre financier du système de retraite français par répartition. Selon cet organisme indépendant rattaché à Matignon, le déficit, déjà présent depuis 2024, devrait s’aggraver plus fortement que dans les projections précédentes, sous l’effet combiné du vieillissement démographique, de la baisse de la natalité et d’un solde migratoire qui ne suffira pas à compenser durablement le déclin de la population active.
Les dépenses de retraite, qui représentent aujourd’hui environ 400 milliards d’euros par an, pourraient atteindre 15,3 % du PIB à l’horizon 2070. Le déficit, quant à lui, passerait de 0,2 point de PIB en 2030 (soit environ 6,8 milliards d’euros) à 2,4 points de PIB en 2070, soit un creusement massif par rapport aux estimations antérieures. Ce rapport, le dernier avant la présidentielle de 2027, constitue un signal d’alarme majeur pour les candidats et les partenaires sociaux.
Des projections démographiques plus défavorables
Le COR s’est appuyé sur les nouvelles hypothèses démographiques de l’Insee. La fécondité devrait s’établir à 1,45 enfant par femme (contre 1,56 aujourd’hui), tandis que le solde migratoire est revu à la hausse à 150.000 personnes par an. Malgré cette immigration soutenue, la croissance démographique reposera « exclusivement » sur le solde migratoire, les naissances étant déjà inférieures aux décès depuis 2025.
Résultat : la population française dans son ensemble commencera à décliner à partir de 2037. Le ratio entre les personnes en âge de travailler (20-64 ans) et les plus de 65 ans s’est déjà dégradé, passant de 3,6 en 2009 à 2,5 en 2025, sous l’effet du papy-boom. Ce déséquilibre va s’accentuer, exerçant une « pression durable » sur les dépenses de retraite.
Le COR nuance toutefois : les dépenses resteront quasiment stables sur les vingt prochaines années, et le niveau français, bien que « singulièrement élevé » en comparaison internationale, ne confirme pas une explosion incontrôlable à court terme. Il insiste sur la nécessité de rassurer les jeunes générations, qui doutent de plus en plus de la viabilité du système.
L’impact des réformes passées et gelées
Les réformes de 2010 et surtout celle de 2023 (recul de l’âge légal) ont permis de contenir en partie la dégradation. L’âge moyen de départ à la retraite devrait progresser de 63,1 ans en 2025 à 64,6 ans en 2070. Ces mesures ont également augmenté le taux d’emploi des seniors, générant plus de cotisations et limitant les sorties précoces.
Cependant, la réforme de 2023 a été gelée par le Parlement jusqu’en 2028, pour un coût estimé à 1,8 milliard d’euros par an jusqu’en 2032. Le COR rappelle que ces ajustements, bien que contestés, ont atténué les effets du vieillissement. Sans eux, la situation serait encore plus dégradée.
Les leviers pour rétablir l’équilibre
Le rapport explore plusieurs scénarios pour combler le déficit, en mobilisant des équipes d’économistes. Trois principaux leviers sont identifiés, non exclusifs et pouvant être combinés :
- Baisse des pensions : sous-indexation ou non-indexation sur l’inflation. Les pensions baisseraient de 1 point en 2030, 3,3 points en 2045 et 7,4 points en 2070.
- Hausse des cotisations : augmentation de 0,5 point en 2030, 2,1 points en 2045 et 5,6 points en 2070.
- Recul de l’âge légal : le seul levier jugé « expansionniste » pour l’économie. Pour équilibrer le système sur ce seul paramètre, l’âge légal devrait atteindre 67,6 ans en 2070.
Le COR insiste sur une approche globale : le système de retraite ne peut être analysé « en vase clos ». Toute réforme doit prendre en compte ses effets macroéconomiques et s’inscrire dans un redressement plus large des finances publiques.
Un débat explosif à l’approche de 2027
Ce rapport tombe à un moment politique sensible. À moins d’un an de la présidentielle, les candidats devront se positionner sur un sujet hautement inflammable. La gauche, traditionnellement hostile aux reports d’âge, risque de privilégier les hausses de cotisations ou de nouvelles recettes. La droite, plus favorable aux incitations au travail et à la maîtrise des dépenses, mettra probablement en avant le recul de l’âge et la promotion de l’emploi des seniors.
Le COR rappelle que l’immigration, même augmentée, n’offre qu’un soulagement limité et temporaire au financement des retraites. La clé principale reste la natalité et l’emploi des actifs, en particulier des seniors.
Les partenaires sociaux, qui reçoivent ce rapport, sont désormais attendus au tournant. Les syndicats et le patronat devront trouver des compromis, dans un contexte où les jeunes générations expriment déjà leur scepticisme sur leur future pension.
Un système à réformer en profondeur
Le système français par répartition, pilier de notre modèle social, n’est pas condamné, mais il exige un « grand carénage ». Le vieillissement démographique est une réalité inéluctable. Sans mesures courageuses et combinées, le déficit creusera inexorablement, pesant sur les actifs, la dette publique et la compétitivité de la France.
Le rapport du COR constitue une base factuelle précieuse pour le débat public. Il met en lumière l’urgence d’une approche responsable, loin des postures idéologiques, pour garantir la soutenabilité des retraites sans sacrifier les générations futures.
Les actifs – futurs retraités -, attendent des propositions concrètes des candidats à la présidentielle 2027. Le temps du déni ou des demi-mesures est révolu.


