Il suffit d’ouvrir un journal ou d’écouter une déclaration ministérielle pour entendre le même refrain : « le prix de l’électricité pourrait baisser ». Le conditionnel suffit à comprendre la manœuvre. Une promesse de plus, lancée quelques mois avant une échéance électorale. On promet une éclaircie au moment exact où les ménages vérifient fébrilement leurs factures en espérant un miracle.
Pendant que les Français scrutent leur compteur, le prix de gros plonge à 50 euros le MWh, là où il flirtait avec les 70 euros encore récemment. Sur le marché, l’électricité n’a jamais été aussi bon marché. Sur la facture, elle n’a jamais coûté aussi cher. Voilà le paradoxe français : tout baisse, sauf ce que payent les gens.
Le gouvernement fait mine de découvrir l’ampleur du problème, comme si les Français n’avaient pas déjà encaissé deux ans de hausse continue. On convoque la Commission de régulation de l’énergie, on convoque les sénateurs, on convoque même des « scénarios de baisse » pour donner l’impression que quelque chose se prépare, que l’État veille, que la justice reviendra. Or rien ne change : les taxes prolifèrent, les contributions s’ajoutent, et la ligne finale de la facture grimpe. Comme d’habitude.
Ceux qui ont étudié la structure d’un tarif réglementé savent à quel point le système tourne au casse-tête. On y entasse des coûts de transport, de distribution, de production, plus des taxes dont personne n’a jamais clairement expliqué la raison d’être. Le tout sur un tarif figé sur les prix des vingt-quatre mois précédents, histoire d’être sûr que les baisses réelles du marché arrivent avec deux ans de retard dans le quotidien des Français. Le monde à l’envers.
Les seules baisses véritablement accessibles passent par des contrats indexés sur le « spot », autrement dit des contrats exposés à la moindre secousse. Les particuliers doivent donc choisir entre payer trop ou prendre le risque de payer encore plus. On appelle cela un choix en Macronie.
Pendant ce temps, Epexspot — le cœur discret où s’échangent les MWh comme des actions — fonctionne à plein régime. Peu de monde peut y accéder. Quelques acteurs puissants achètent pour demain, pour dans un an, pour dans dix ans. Le consommateur final, lui, apprend dans le journal que les cours s’effondrent mais continue d’envoyer un virement toujours plus lourd à son fournisseur.
On nous explique ensuite qu’une baisse durable pourrait, peut-être, un jour, atteindre le tarif réglementé. Pas avant février 2026. D’ici là, les Français auront payé un an de plus au prix fort, sans compensation, sans rétroactif, sans même un remerciement.
Et la grande ironie ? Une électricité moins chère sur les marchés réjouit quasiment tout le monde… sauf EDF. Le groupe comptait vendre à 70 euros le MWh. Il doit maintenant se contenter de prix proches de son coût de production, autour de 60 euros. Le fameux « versement universel du nucléaire », censé protéger les ménages, restera inactif pour les quatre ou cinq prochaines années. Une promesse de plus rangée dans un tiroir.
La vérité est simple : l’électricité pourrait coûter beaucoup moins. Les prix de marché le prouvent. Mais entre le consommateur et le marché, l’État et ses taxes ont construit un mur. Inébranlable. Hermétique. Rentable surtout — pour lui.
Les Français, eux, n’ont qu’un avantage : ils voient clair. Ils savent parfaitement que, si baisse il y a, elle arrivera au moment exact où le pouvoir aura besoin d’applaudissements. Quelques semaines avant les présidentielles, par exemple. Comme par hasard.
