Le bouleversement actuel en Iran marquerait la première défaite de l’islamisme dans le monde

Manifestants exhibant le drapeau du Royaume d'Iran

En Occident, cette affaire a d’abord été passée sous silence, alors que des sites de ré-information faisaient leur travail (les francophones Iran-resist ou Femme Azadi, les anglophones Tousi TV… bien d’autres encore).

Un homme de mon âge – celui du prince actuel – ne peut qu’être étonné de voir la différence entre l’information médiatique massive relatant les événements de 1978-79 et la parcimonie des mêmes médias face aux événements d’aujourd’hui : nous ne disposons que de brefs enregistrements audiovisuels réalisés sur place par téléphone. Mais cette différence s’explique par l’idéologie : la Révolution islamique de 1979 ne fut pas seulement la mère du terrorisme islamique dans le monde, elle fut également la première expérience de ce qu’on appelle aujourd’hui l’islamo-gauchisme. La haine de la monarchie à gauche rencontra les intérêts de l’islamisme dans une entreprise commune d’arracher l’Iran à ce qui lui restait de ses racines historiques. De même, chez nous, la République rêve depuis deux siècles de faire disparaître tout à fait la France des cathédrales, et ce projet ne peut pas trouver meilleur allié que l’islam, dont le principe même est de renverser la culture chrétienne. Comme pour la révolution iranienne de 1979, on connaît par avance le destin de cette alliance : après être parvenu au pouvoir grâce au fonctionnement démocratique de la République, les islamistes français chasseront à leur tour les républicains pour installer leur charia. Cela se voit déjà en France quand une candidate islamogauchiste aux prochaines municipales de Saint-Ouen, Mme Decanton, se voit refuser l’investiture au motif qu’elle n’adhère pas aux critères de l’islam, dans une ville suffisamment islamisée pour pouvoir de passer d’elle.


Aujourd’hui, un renversement de la République islamique d’Iran serait un signal, sinon dans le monde entier – la Chine, l’Inde, le Japon ne sont pas concernés par cet enjeu -, du moins en Occident. C’est la raison pour laquelle, après un temps de censure, dont l’efficience est cependant réduite par l’existence de médias alternatifs, la République, comme elle a toujours fait, donne la parole à des agents doubles, intervenant pour réformer le régime des mollahs sans l’abattre : presque tous les invités iraniens sur nos plateaux de télévision s’y emploient, mettant en avant la cause des femmes mais discréditant le prince Reza et ses prédécesseurs, de même qu’ils ont pris il y a quelques mois la défense de la République islamique contre Israël . Le républicanisme occidental y trouve son compte, et l’islamisme aussi, au sens où il peut accepter de faire un pas en arrière pour refaire plus tard deux pas en avant, suivant l’exemple de Lénine.

Vu de loin, ce qui se passe en Iran pourrait ne pas intéresser les Français, qui jugeraient ce pays trop arriéré, et depuis trop longtemps sorti de la grande histoire, pour les concerner. Mais c’est une erreur : si la République islamique d’Iran tombe, et si, qui plus est, le prince Reza prend les commandes du pays – pour une tâche surhumaine qu’on ne pourrait souhaiter à personne – ce sera, chez nous aussi, un bouleversement politique et intellectuel considérable. Par une étonnante ironie de l’histoire, on voit, dans le pays où est né l’islamisme, les femmes arracher leur voile au péril de leur vie, au moment même où, en Occident, les filles et petites-filles de la première génération d’immigrés le nouent farouchement sur leurs cheveux, sans parler de tous les autres signes de revendication hostile à la civilisation européenne. Le bouleversement actuel en Iran marquerait la première défaite de l’islamisme dans le monde. De surcroît, la révolte fait apparaître une revendication identitaire : les Iraniens redécouvrent qu’ils pourraient être avant tout des Perses, comme avait tenté de leur faire comprendre le roi Mohamed Reza aux fêtes de Persépolis : la fréquentation des mosquées s’est effondrée. Déjà, il y a trois ans, en février 2023, le mollah Mohammad Abolghassem Douabi, membre de « l’Assemblée des experts », habilitée à nommer le Guide suprême , déplorait que, faute de fidèles, 50.000 des 75.000 mosquées du pays avaient été fermées , autrement dit, les deux tiers. Il est difficile de savoir vers quels saints se tournent aujourd’hui les Iraniens, puisque quitter officiellement l’islam est puni de mort, mais il est bien possible que ce demi-siècle de terreur islamiste ait conduit à une prise de conscience majeure.

D’autre part, la restauration de la monarchie perse heurterait à angle droit le dogme républicain du « sens de l’histoire » disposant que la république est l’aboutissement de l’humanité en chemin vers sa perfection. Mise à part la restauration de la monarchie en Espagne – mais cernée par l’idéologie démocratique – et le retour de Sihanouk sur son trône khmer après un épisode de neuf années républicaines ayant basculé dans l’épouvante , l’histoire du XXe siècle aura été rythmée par une succession désespérante de renversements des trônes partout dans le monde, sous l’effet des idéologies macabres imaginées en Occident depuis 1789. Les événements actuels en Iran, s’ils aboutissent, constitueraient un désaveu de cette involution morbide : on comprend pourquoi ils pourraient ouvrir une porte vers des horizons que l’on croyait perdus.

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Le Journal des Francais